27.06.1915: Jean dans la bataille de l’Artois | Jean in the Battle of Artois | Jean während der Loretto-Schlacht

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27 juin 1915

Mon cher Papa

J’ai reçu votre lettre recommandée et vous en remercie. J’ai été bien content de savoir des nouvelles de Lallemant et de penser qu’il était en bonnes mains. Faites lui bien mes amitiés si vous le voyez de nouveau. Nous traversons une période d’accalmie sur notre front. Elle correspond avec le mauvais temps de sorte que nous prenons un peu de repos. Ce n’est pas un mal, car nous avons vu le moment où cela menaçait de tourner mal pour quelques uns d’entre nous avec les attaques répétées des avions boches. Il était arrivé

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dans notre région une nouvelle escadrille de ces « méchants Fritz » comme nous les appelons, qui étaient fâcheusement entreprenants ; chose inusitée dans notre secteur, ils attaquaient les avions français. Plusieurs pilotes de notre escadrille ont été surpris parfois à l’improviste par un crépitement de mitrailleuse ou le bruit de balles frappant l’appareil. C’était quelque méchant Fritz qui venait attaquer sans prévenir. Pour ce qui est de moi ils n’ont jamais réussi à me faire le coup, et je les devançais toujours par l’attaque. J’ai livré aussi un certain nombre de combats qui se sont toujours terminés par la fuite de l’ennemi. C’est au cours d’un de ceux-là que je crois, ainsi que mon

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observateur, avoir touché le passager, puisque nous le fusillions à une distance inférieure à 20m et que j’ai vu l’observateur, ou plutôt le haut de son casque, absolument immobile et sa mitrailleuse pointée vers le ciel alors que nous étions au dessous. C’était un beau spectacle.
C’est au retour de cette expédition que nous avons été pris par le feu croisé de plusieurs batteries contre avions et que j’ai reçu un éclat d’obus dans le bras. Jamais nous n’avions subi un feu aussi violent. L’antenne de T.S.F. a été coupée et l’appareil était atteint en plusieurs endroits. Ma blessure est presque entièrement cicatrisée maintenant et somme toute

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je n’ai été gêné que sur le moment, puisque le lendemain je pilotais de nouveau. J’ai reçu une mitrailleuse pour monter sur le Morane; mais elle n’est pas encore fixée. Je ne sais si je vous l’ai dit, au cours d’un combat sur le Morane j’ai eu un hauban presque entièrement coupé par une balle. C’était heureusement un hauban sans grande importance, mais nous l’avons échappé belle plusieurs fois.
Aussi j’ai juré d’avoir la peau d’au moins un de ces Méchants Fritz et de l’abattre en Territoire français. Les hostilités reprendront avec le beau temps.

Je vous embrasse tendrement mon cher Papa ainsi que Jeanne.

Depuis mars 1915, l’escadrille C28 stationne à 25 km au Nord d’Amiens, sur le terrain de la bataille de l’Artois qui dure de mai à juin 1915. Les missions sont nombreuses pour Jean qui écrit le 8 juin voler jusqu’à six heures par jour en vue de la prochaine l’offensive. A cela s’ajoute, d’après la lettre du 15 juin, la chaleur qui fatigue les pilotes mais aussi les moteurs « constamment en réparation ».

Le 27 juin, la bataille a pris fin l’offensive est terminée mais Jean ne semble pas en avoir pris conscience. Malgré une première offensive française spectaculaire, en effet, l’issue du combat est restée très indécise. Pendant ses missions, aussi bien de chasse que de réglages de tir, Jean rencontre de nouvelles escadrilles allemandes : les « méchants Fritz ». Cette expression est ensuite reprise dans de nombreuses lettres ; Chaput fait référence aux nouveaux appareils allemands Rumpler et Fokker, plus massifs, qui font alors leur apparition sur le front. Surpris, il note l’agressivité de ces unités qui contraste avec l’impression que lui faisaient auparavant les avions ennemis de refuser souvent le combat. De même, les tirs de la DCA dans lequel le Caudron est pris, témoigne d’une amplification de la violence des combats puisque Jean n’a « jamais vu un feu aussi violent ». Jean reçoit alors sa première “vraie” blessure et, au même moment, voit ses avions subir des avaries d’une importance peu ordinaire. Face à cette violence, le ton de Jean se radicalise aussi, à l’instar de la promesse qu’il fait « d’abattre un fritz ».

Le combat survenu le 12 juin sur un Caudron G.3 avec le lieutenant Gambier, rappelle qu’en combat aérien la victoire n’est pas toujours certaine même si l’assaillant est à vingt mètres de sa cible, ainsi que l’importance d’être vue par les troupes amies afin que la victoire soit homologuée. Ainsi, Jean qui chasse « des avions ennemis mieux armés que le sien » et « est revenu le 12 avec un appareil criblé de balles de mitrailleuse après avoir forcé son adversaire à atterrir » se voit attribuer la Médaille militaire, et la Croix de Guerre pour son « courage » et son « dévouement » ( extraits de la citation à l’ordre de l’armée du 23 juin 1915 ), distinction créée en avril 1915 pour que deviennent visibles ce qui n’était auparavant que des citations écrites pour récompenser les actes de bravoure. La photographie ci-dessus montre le sergent Jean Chaput- au premier rang, à gauche- lors de la prise d’armes au cours de laquelle il a été décoré.

Die Fliegerstaffel C28 ist seit März 1915 25 km nördlich von Amiens auf dem Gelände der Loretto-Schlacht stationiert, die von Mai bis Juni 1915 dauerte. Jean hat viele Einsätze. So schreibt er am 8. Juni, dass er bis zu sechs Stunden am Tag fliegt, um die nächste Offensive vorzubereiten. Hinzu kommt laut seinem Schreiben vom 15. Juni die Hitze, die nicht nur die Piloten, sondern auch die Motoren ermüdet, die „ständig instand gesetzt werden“.

Am 27. Juni geht die Schlacht zu Ende, die Offensive ist beendet, doch Jean scheint sich dessen nicht bewusst zu sein. Trotz einer in der Tat spektakulären ersten Offensive der Franzosen gab es keinen wirklichen Gewinner oder Verlierer. Während seiner Einsätze, bei denen es sich sowohl um Jagdeinsätze als auch um Einsätze zum Einschießen der Artillerie handelt, trifft Jean auf neue deutsche Fliegerstaffeln, die „bösen Fritze“. Dieser Ausdruck taucht später in mehreren Briefen auf. Chaput bezieht sich dabei höchstwahrscheinlich auf die mit synchronisierten Maschinengewehren ausgerüsteten deutschen Jagdflugzeuge vom Typ Fokker, die damals zum ersten Mal an der Front auftauchten. Jean hingegen konnte das Maschinengewehr immer noch nicht an seiner Maschine befestigen. Überrascht stellt er fest, wie aggressiv diese Kräfte sind, denn bisher hatte er von den deutschen Flugzeugen den Eindruck, dass diese eher einem Kampf auswichen. Ebenso zeugt der Beschuss durch die Flugabwehr, in den die Caudron gerät, von der zunehmenden Heftigkeit der Kampfhandlungen, da Jean „niemals zuvor derart unter Beschuss geraten war“. Jean wird dabei erstmals „ernsthaft“ verletzt und sieht gleichzeitig, wie seine Flugzeuge in einem ungewöhnlichen Maße beschädigt werden. Angesichts dieser Gewalt wird auch der Ton von Jean schärfer. So verspricht er, „einen Fritz abzuschießen“.

Der Kampf, den Jean am 12. Juni in einer Caudron G.3 in Begleitung von Oberleutnant (lieutenant) Gambier führt, macht erneut deutlich, dass bei einem Luftkampf der Sieg auch dann nicht immer gewiss ist, wenn der Angreifer zwanzig Meter von seinem Ziel entfernt ist, und wie wichtig es ist, von den eigenen Truppen gesehen zu werden, damit der Sieg auch offiziell gewürdigt wird. So erhält Jean, der feindliche Flugzeuge jagt, die „besser ausgerüstet sind als das seinige“ und „am 12. Juni mit einem von Maschinengewehrkugeln durchlöcherten Flugzeug zurückgekehrt ist, nachdem er seinen Gegner zur Landung gezwungen hatte“, die Militärmedaille und das Kriegsverdienstkreuz für seinen „Mut“ und seine „Hingabe“ (Auszüge aus der ehrenvollen Erwähnung der Armee vom 23. Juni 1915). Diese Auszeichnung wurde im April 1915 eingeführt, damit die zuvor nur schriftlich festgehaltenen ehrenvollen Erwähnungen als Anerkennung für Tapferkeit auch nach außen sichtbar sind. Die Fotografie oben zeigt Unteroffizier (sergent) Jean Chaput in der ersten Reihe links beim Appell, bei dem ihm die Auszeichnung verliehen wurde.

 
Transkription:
 

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27. Juni 1915

Mein lieber Papa,

ich habe Ihren Einschreibebrief erhalten und danke Ihnen dafür. Ich habe mich sehr gefreut, Neuigkeiten von Lallemant zu erhalten und zu vernehmen, dass er in guten Händen war. Bestellen Sie ihm bitte meine besten Grüße, wenn Sie ihn wiedersehen. An unserer Front ist etwas Ruhe eingekehrt. Das Wetter ist derzeit auch schlecht, so dass wir uns ein wenig ausruhen können. Das trifft sich gut, da wir an einem Punkt waren, an dem es drohte, für einige von uns schlecht auszugehen mit den wiederholten Angriffen der Boches.
In unserer

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Gegend war eine neue Fliegerstaffel dieser „bösen Fritze“, wie wir sie nennen, eingetroffen, und diese hatte es, was sehr ärgerlich war, auf uns abgesehen; sie griffen die französischen Flugzeuge an, was in unserem Abschnitt unüblich ist. Einige Piloten unserer Staffel wurden bisweilen unerwartet vom Rattern eines Maschinengewehrs oder den Schlägen in die Maschine treffender Kugeln überrascht. Das war dann ein böser Fritz, der ohne Vorwarnung angegriffen hatte.Was mich betrifft, so ist es ihnen nie gelungen, mir eins auszuwischen; ich bin ihnen immer zuvorgekommen, indem ich angegriffen habe. Ich habe mir auch einige Kämpfe mit ihnen geliefert, die immer damit geendet haben, dass der Feind die Flucht ergriffen hat. Während einer dieser Kämpfe meine ich, wie auch mein

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Beobachter, den Begleiter getroffen zu haben, da wir aus einer Entfernung von weniger als 20 m schossen und ich gesehen habe, wie der Beobachter oder besser gesagt sein Helm absolut regungslos und sein Maschinengewehr himmelwärts gerichtet blieb, obwohl wir uns unter ihm befanden. Das war ein schöner Anblick.
Als wir uns auf dem Rückflug von dieser Expedition befanden, sind wir ins Kreuzfeuer mehrerer
Batterien, die auf Flugzeuge schossen, geraten, und ein Granatsplitter hat meinen Arm getroffen. Niemals zuvor waren wir derart unter Beschuss geraten. Die Antenne für die Funktelegrafie war abgerissen und die Maschine an mehreren Stellen getroffen worden. Meine Verletzung ist inzwischen nahezu vollständig verheilt, und überhaupt hat sie mir

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nur im ersten Moment Beschwerden bereitet, denn am nächsten Tag konnte ich schon wieder fliegen.Ich habe ein Maschinengewehr für die Morane bekommen; es muss aber noch befestigt werden. Ich bin mir nicht sicher, ob ich Ihnen erzählt habe, dass während eines Einsatzes, den ich mit der Morane geflogen bin, mir durch eine Kugel beinahe ein Verspannungskabel vollständig durchgerissen ist. Glücklicherweise war es ein nicht so wichtiges Verspannungskabel, so dass wir zu mehreren Malen noch mit genauer Not davongekommen sind.
Ich habe aber geschworen, wenigstens einen dieser bösen Fritze zu erledigen und über französischem Boden abzuschießen. Die Kampfhandlungen werden fortgeführt, sobald sich das Wetter bessert.

Ich umarme und küsse Sie, mein lieber Papa, und Jeanne zärtlich

The flight C28 has been dwelling since March 1915 on the field of the battle of Artois (May-June 1915). Therefore, Jean has been flying up to six hours a day, as written a few days earlier, to prepare the offensive. His work is made harder by the high temperatures that wear out pilots as well as engines.
As he writes, Jean seems not to have noticed that the battle has come to an end. The clues were scarce indeed, for the outcome of the battle was most uncertain.

During his numerous missions of hunting and adjusting artillery fire, Jean encounters new German flights whom he calls «The Mean Fritz» , a phrase he will use many times to refer to the new German Rumpler and Fokker aircrafts, much more massive than usual, which then appear in the battlefield. Jean is taken aback by their aggressiveness that differs unexpectedly from the former habit to flee from battle. In the meantime, the fires from AAA shows how much the violence of fights has grown: Jean has «never seen such a fire». He furthermore then receives his first significant wound, and his aircraft is inflicted unprecedented damages. Facing such violence, Jean’s tone becomes blunter as he promises to bring a Fritz down.

The fight that took place on June 12th, on a Caudron G4 with Gambier, reminds us that when it comes to dogfights between aircrafts the victory is most often unsure, and how important it is to be seen by allies for the victory to be probated. Thus, Jean who hunts “ enemy aircrafts better equipped than his” and “has landed on the 12th with an aircraft riddled with bullets after forcing an enemy to land” is awarded the Military Medal and the War Cross for his “ courage” and “ devotion”( extracts from the citation of June, 23rd ). The former is a distinction created in April 1915 to make visible what was until then mere written statements that probated acts of bravery. The photograph above shows Jean Chaput – first rank, left- at the ceremony during which he was awarded the medals.

 
Transcription:
 

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27 June 1915

Dearest Father,
I received your registered letter and would first like to thank you for it. I was delighted to get some news from Lallemant and to know he was in good hands. Please send him my best if ever you see him again.
Life is relatively quiet in the front at the moment. It goes hand in hand with the bad weather, allowing us to rest a little. It is not so bad, as we have already lived through fairly threatening moments for some of us, with repeated attacks from Fritz planes. A new

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squadron of “mean Fritz” as we like to call them had arrived in our region, that were terribly resourceful; quite unusually in our sector, they were attacking French planes. Several pilots from our squadron were surprised, quite unexpectedly, by the noise of a machine gun or the sound of bullets hitting their plane. They were in fact a few mean Fritz pilots that attacked with no warning. As for me, they never managed
to surprise me, as I could always pre-empt their attacks. I also fought a number of combats that always ended with the enemy running away. It was during one of these battles that I, and so does my observer,

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believe we hit the passenger, as we were shooting at a range closer than 20 m, and I saw he observer – or rather the top of his helmet – remain very still and his machine gun pointed towards the sky, even though we were standing below him. It was a great sight to see.
Upon returning from this expedition, we were caught in cross-fire from several aircraft squadrons and I received shrapnel in my arm. We had never experienced such violent fire. The wireless antenna was cut off and the plane was hit in several places. My injury is almost entirely healed now, but all in all

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I was only bothered at the time of the incident, as the next day I was already flying again. I was given a better machine gun to fit onto my Morane, but it has not yet been affixed. I’m not sure if I told you, but during a combat on the Morane, one of my guy wires was almost entirely severed by a bullet. Thank goodness, the guy wire was not all that important, but it was a close call on several occasions.
I also swore I would go after at least one of those mean Fritz pilots, and shoot him down on French territory. Hostilities will resume once the good weather returns.

All my love to you, my dearest Father, and to Jeanne.


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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