26.05.1915: Jean participe à une mission de bombardement | Jean Takes Part in a Bombing Mission | Jean beteiligt sich an einem Bombardement

Transcription:
 

[P. 1]
26 Mai 1915

Mon cher papa
Je vous écris en hâte pour vous dire que
tout va bien ; je me porte toujours à merveille.
J’ai le plaisir de vous annoncer que je viens
d’être nommé sergent. Je commençais à
trouver que cela se faisait attendre, depuis
le temps qu’on en parle.
L’escadrille a passé hier par une
de ses plus belles journées. Nous avons
opéré un bombardement sur le parc
d’aviation d’Hervilly, près
de Roisel, à l’est de Péronne. C’est à
une 50aine de Km d’ici et à 25
de la ligne de tranchée à l’endroit le plus près.

 
[P. 2]
Le bombardement a été couronné de succès ;
nos six appareils y ont été, Capitaine en
tête ; chacun a lâché 4 bombes. J’ai
eu le très grand plaisir de voir une de
mes bombes, une grosse avec 8 Kg de mélinite
que j’ai lâchée de ma main de 1 600 m
de haut, tomber sur le toit d’un hangar
qui a pris feu immédiatement. J’en ai
aussitôt vu sortir l’appareil qu’il contenait,
mais celui-ci n’a pas tardé à flamber
aussi. Sans-doute le hangar contenait-il
de l’essence et des signaux lumineux,
car un feu immense s’est déclaré
avec une épaisse fumée noire et nous
vîmes quantité de petits éclairs
lumineux qui s’allumaient à chaque
instant. Le feu a duré très longtemps et

[Sur la marge droite : Mon observateur le lieutenant Gambier vient d’être cité
à l’ordre du jour. Sans en être sûr je crois qu’il doit y avoir aussi quelque
chose en route pour moi.]

 
[P. 3]
de 40 Km on voyait encore la fumée.
Au retour j’ai été attaqué simultanément
(j’étais resté le dernier) par 3 aero boches,
mais en face d’une défensive énergique,
ils ont finit par me lâcher. Mon passager
et moi avions ouvert un feux [sic] d’enfer
sur l’appareil le plus entreprenant. Nous
tirions tous les deux à environ 40 m de
distance. Sans doute a-t-il été touché
car il a immédiatement piqué ; mais
après il est cependant revenu à la charge,
mais il n’était plus aussi audacieux.
Aussitôt après avoir été momentanément
débarrassé du premier je me suis
occupé des autres et au moment où l’un
passait sous moi, j’ai laissé tomber une

 
[P. 4]
petite bombe incendiaire qui est tombée en
laissant une grande trainée de fumée
blanche. Les boches ont dû être affolés par cela
et ont dû se demander ce que c’était encore que
cette invention.
Aussi comme j’étais plus haut qu’eux
ils m’ont lâché et laissé aux prises avec leurs
canons verticaux, mais c’était moins dangereux.
Tous nos avions sont rentrés à bon port,
sauf un qui est tombé dans les arbres mais
sans accident de personne.
Le soir de cette journée mémorable nous
avons appris que le capitaine était décoré
de la croix.
Mon avion de chasse marche très bien, mais
on me l’a changé, c’est un biplace que
j’ai maintenant. Je dois faire une
première reconnaissance avec demain mais
il est impossible d’avoir de mitrailleuse
pour le moment.

Je vous embrasse ainsi que Jeanne.
Jean

[Sur la marge gauche : Ci-joint la note du tailleur]

Au début de la guerre, le bombardement est généralement associé aux missions de reconnaissance. Les aviateurs embarquent des projectiles qu’ils lancent à la main lorsqu’un objectif vulnérable est identifié ou lâchent, au retour de leur mission, des fléchettes en acier par paquets de 500 sur les colonnes ennemies. Aucun projectile spécifique pour l’aviation n’ayant encore été développé, l’obus d’artillerie de 90 mm chargé à la mélinite ou au perchlorate, auquel on ajoute des ailettes pour stabiliser sa trajectoire, reste le plus courant jusqu’à la mise à point de la bombe Gros-Andreau à l’anilite en 1916. Mais, comme en témoigne Jean dans une lettre du mois d’avril, les escadrilles essaient d’autres projectiles comme l’obus à oxygène liquide ou la bombe incendiaire.

Pendant les mois d’avril et de mai, les bombardements que Jean réalise avec son escadrille ont pour objectif d’atteindre les troupes au sol, en particulier les terrains d’aviation ennemis, ou d’entraver le ravitaillement de l’armée allemande. Il bombarde ainsi les gares d’Achiet et de Bapaume. A la même époque se développe aussi le bombardement stratégique comme moyen de détruire les structures industrielles de l’ennemi et de démoraliser les populations de l’arrière. Ainsi, le 27 mai 1915, le 1er Groupe de Bombardement (G.B. 1) réalise son premier raid stratégique à l’arrière des lignes, sur les usines de Badische Anilin und Soda Fabrik à Ludwigshafen, en réponse à l’utilisation par l’armée allemande des gaz asphyxiants lors de la Bataille de l’Artois.

Le bombardement de jour disparaît vers la fin de 1915 à cause de l’arrivée sur le front des escadrilles de Fokker allemandes, qui le rendent trop dangereux. Le bombardement de nuit se développe alors en 1916 et 1917. Vers la fin de 1917, l’apparition du Breguet 14 B2, avion rapide, fortement armé et volant plus haut que les appareils de chasse ennemis, permet de reprendre les missions de bombardement de jour.

Zu Beginn des Krieges verband man mit Bombardements im Allgemeinen Aufklärungseinsätze. Die Flieger nahmen Geschosse an Bord, die sie von Hand abwarfen, wenn sie ein verwundbares Ziel ausgemacht hatten, oder sie warfen bei ihrer Rückkehr vom Einsatz Fliegerpfeile aus Stahl (500 auf einmal) auf die feindlichen Kolonnen ab. Da es noch kein spezielles Geschoss für die Fliegertruppe gab, wurden bis zur Entwicklung der Gros-Andreau-Bombe mit Anilit im Jahr 1916 überwiegend 90-mm-Artilleriegeschosse mit Melinit oder Perchlorat eingesetzt, die zur Stabilisierung der Flugbahn mit Flügeln ausgestattet waren. Wie aus einem Brief von Jean aus dem Monat April hervorgeht, probierten die Fliegerstaffeln jedoch auch andere Geschosse wie Munition mit Flüssigsauerstoff oder Brandbomben aus.

Die Bombardements, die Jean mit seiner Staffel in den Monaten April und Mai durchführte, richteten sich gegen die Bodentruppen, insbesondere die feindlichen Flugplätze, oder sollten die Versorgung der deutschen Armee behindern. So bombardierte er die Bahnhöfe von Achiet und Bapaume. Zur selben Zeit kam auch die strategische Bombardierung auf, die dazu diente, feindliche Industrieanlagen zu zerstören und die Bevölkerung im Hinterland zu demoralisieren. So flog der 1er Groupe de Bombardement (1. Bombergruppe) am 27. Mai 1915 seinen ersten strategischen Luftangriff im Hinterland gegen die Badische Anilin- und Sodafabrik in Ludwigshafen als Reaktion auf den Einsatz von Lungenkampfstoff durch die deutsche Armee bei der Loretto-Schlacht.

Das Bombardement bei Tag wurde Ende 1915 eingestellt, da es durch das Eintreffen von deutschen Fokker-Staffeln an der Front zu gefährlich geworden war. In den Jahren 1916 und 1917 entstand daraufhin das Bombardieren bei Nacht. Als Ende 1917 die Breguet 14 B2 aufkam, ein schnelles, stark bewaffnetes Flugzeug, das höher flog als die feindlichen Jagdflugzeuge, wurden die Bombardements bei Tag wieder aufgenommen.

 
Transcription:
 

[S. 1]
26. Mai 1915

Mein lieber Papa,
ich schreibe Ihnen in aller Eile, um Sie wissen zu lassen, dass
es mir gut geht; ich bin immer noch bei bester Gesundheit.
Ich freue mich, Ihnen mitteilen zu können, dass ich
zum Unteroffzier (sergent) ernannt wurde. Es wurde auch Zeit,
wie ich meine, wo doch schon so lange
die Rede davon war.
Die Staffel hat gestern einen ihrer
besten Tage erlebt. Wir haben
den Flugzeugpark in Hervilly, in der Nähe von Roisel,
östlich von Péronne, bombardiert. Das ist ungefähr
50 km von hier und 25
vom nächstgelegenen Abschnitt der Schützengrabenlinie entfernt.

 
[S. 2]
Das Bombardement war von Erfolg gekrönt;
unsere sechs Maschinen waren im Einsatz, mit dem Staffelführer
an der Spitze; jede hat vier Bomben abgeworfen. Mit sehr
großem Vergnügen habe ich beobachtet, wie eine
der Bomben, die ich aus 1 600 m Höhe von Hand
abgeworfen habe, eine dicke mit 8 kg Melinit,
auf das Dach eines Hangars gefallen ist
und dieser sofort Feuer gefangen hat. Gleich darauf
habe ich gesehen, wie die Maschine, die darin stand,
herauskam und kurze Zeit später auch in Flammen
aufgegangen ist. Im Hangar waren wahrscheinlich
Treibstoff und Leuchtsignale gelagert,
denn ein immenser Brand
ist entstanden, mit dickem schwarzen Rauch, und wir
sahen eine Vielzahl kleiner Lichter, die kurz
hintereinander aufblitzten. Es hat sehr lange gebrannt, und

[Rechter Rand: Mein Beobachter, Oberleutnant (lieutenant) Gambier, wurde soeben ehrenvoll im Tagesbefehl erwähnt. Ich kann es nicht mit Gewissheit sagen, aber ich glaube, dass mir Ähnliches zuteil wird.]

 
[S. 3]
40 km weiter war der Rauch immer noch zu sehen.
Auf dem Rückflug wurde ich von 3 Flugzeugen
der Boches [abwertender Name für Deutsche] gleichzeitig angegriffen (ich war der Letzte von uns),
die aber angesichts der energischen Gegenwehr
von mir abgelassen haben. Mein Passagier
und ich hatten ein Höllenfeuer auf die Maschine,
von der wir am meisten beschossen wurden, eröffnet. Wir
schossen beide aus einer Entfernung von ungefähr
40 m. Wir hatten sie wahrscheinlich getroffen,
denn im nächsten Augenblick drückte sie im steilen Sturzflug nach unten weg; sie hat
den Angriff dann aber erneuert,
war jedoch nicht mehr so kühn.
Als ich mir für einen Augenblick
die erste vom Halse geschafft hatte, habe ich mich
unverzüglich um die anderen gekümmert, und als eine von ihnen
unter mir war, habe ich eine

 
[S. 4]
kleine Brandbombe über ihr abgeworfen, die,
als sie fiel, eine große weiße Rauchspur hinterlassen
hat. Die Boches haben sicherlich einen riesigen Schreck
bekommen und sich gefragt, was das denn schon wieder
für eine Erfindung sei.
Da ich höher flog als sie,
haben sie von mir abgelassen und mich ihren
senkrecht gestellten Geschützen
überlassen, was aber weniger gefährlich war.
Unsere Flugzeuge sind alle heil zurückgekehrt,
bis auf eins, das in den Bäumen gelandet ist,
ohne dass dabei aber jemand zu Schaden gekommen ist.
Am Abend dieses denkwürdigen Tages haben
wir erfahren, dass unserem Staffelführer das Croix de guerre
[Kriegsverdienstkreuz] verliehen wurde.
Mein Jagdflugzeug macht keinerlei Probleme, aber
man hat mir ein anderes gegeben, einen Zweisitzer, den ich
fortan fliegen werde. Morgen soll ich meinen
ersten Aufklärungsflug damit machen, auch wenn es
für den Moment unmöglich ist, ein Maschinengewehr
zu bekommen.

Ich grüße und küsse Sie und Jeanne herzlich
Jean

[Linker Rand: Anbei die Rechnung des Schneiders]

At the start of the war, bombing was generally associated with reconnaissance missions. The aviators would load on projectiles that they would then throw by hand once a vulnerable target had been identified, or, once back from their mission, would drop batches of 500 steel darts onto enemy columns. As no specific aviation projectiles had yet been developed, 90 mm artillery shells loaded with picric acid or perchlorate, to which fins were added to stabilise their trajectory, were most often used until the anilite Gros-Andreau bomb was perfected in 1916. However, as stated by Jean in a letter sent in April, the squadrons were testing other projectiles such as liquid oxygen shells or firebombing.

During the months of April and May, the bombings in which Jean took part with his squadron aimed to reach ground troops (in particular enemy aviation terrains) or hinder German supply lines. Achiet and Bapaume stations were thus bombed. At the same time, strategic bombing was being developed, as a way of destroying the enemy’s industrial structures and dishearten behind-the-line populations. Therefore, on 27 May 1915, the No. 1 Bomber Group completed its first strategic raid behind the lines, in Ludwigshafen’s Badische Anilin and Soda Fabrik, in response to the German army’s use of asphyxiating gas during the Artois Battle.

Daytime bombing stopped towards the end of 1915, as a result of the arrival to the front of Fokker-equipped German squadrons, making the missions too dangerous. Night-time bombing was thus further developped between 1916 and 1917. Towards the end of 1917, the fast Breguet 14 B2 plane arrived, heavily armed and able to fly higher than enemy fighter aircrafts, thus making daytime bombing possible again.

 
Transcription:
 

[P. 1]
26 May 1915

Dearest Father,
I write to you in a hurry to tell you
that everything is going well; I’m keeping very well.
I’m delighted to announce that I have recently been
appointed sergeant. I was starting to think
it would never happen, as they’ve been
talking about it for so long.
Yesterday, the squadron had
one of its best days. We carried out
a bombing in the
Hervilly aviation park, near
Roisel, to the East of Péronne. It’s located about
50 km from here, and 25 km
away from the closest trenches.

 
[P. 2]
The bombing was highly successful;
our six craft were sent, with the Captain
leading the way; we each dropped 4 bombs. I
was delighted to see one
of my bombs, a large 8-kg one with melinite in it,
that I dropped with my own hands from 1,600 m
up in the air, fall onto the roof of a hangar
that immediately caught fire. Straight after,
I saw the aircraft held in it move out,
but it soon caught fire
as well. The hangar no doubt contained
petrol and light signals,
as a huge fire started
with thick black smoke, and we
saw lots of small sparks
lighting up
non-stop. The fire lasted a long time and

[On the right-hand margin: My observer, lieutenant Gambier, has just been mentioned
in dispatches. I cannot be sure, but I think something may be in the
pipelines for me too].

 
[P. 3]
we could still see the smoke 40 km away.
Upon returning, I was simultaneously attacked
(I stayed behind) by 3 Fritz planes,
but I put up a strong defence,
and they ended up leaving me alone. My passenger
and I opened fire
on the most resourceful craft. We
were both shooting about 40 m
away from our target. He was no doubt hit,
as he immediately dipped; but
came back up straight away,
although he was not acting as boldly.
Soon after momentarily getting rid
of the first plane,
I took care of the others, and just as another was
flying under me, I dropped

 
[P. 4]
a small fire bomb that
left a large white trail
of smoke. The Germans must have been fairly panic stricken,
and no doubt wondered what new strategy
we had come up with.
Also, as I was higher up than them,
they stopped trailing me and left me to deal with their
vertical canons, that were less dangerous.
All our planes got back safe and sound,
except for one that crashed into some trees,
without injuring anyone though.
That same night, after such a memorable day,
we found out the captain had been awarded
the Cross.
My fighter plane flies well, but
I was given a new one recently,
a two-seater. I have been asked to go on
an initial reconnaissance mission with it tomorrow, but
without a machine gun
for the time being.

All my love to you and Jeanne.
Jean

[On the left-hand margin: Attached is the tailor’s note]


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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Jean Chaput