21.01.1918: Une requête de Jean à son père | Jean’s Request to His Father | Jeans Bitte an seinen Vater

 
Transcription:
 

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21 janvier 1918

Mon cher Papa,

Il y a fort longtemps je crois que je ne vous ai écrit. Il y avait deux raisons à cela ; la première : que je n’avais pas de papier à lettre. La seconde : que j’ai beaucoup travaillé ces temps-ci. J’ai entrepris en effet de faire un cours sur l’aviation de combat aux pilotes de mon escadrille et je leur fais une série de conférences. J’ai eu d’ailleurs

 
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de suite des résultats encourageants, et mes poulains m’ont déjà descendu deux boches. En dehors des conférences je leur fais faire des exercices de vol et je compte enfin les conduire moi-même au combat. Je suis persuadé qu’ainsi je ferai des as de plusieurs d’entre eux.
J’aurais bien besoin pour mes travaux d’une règle à calcul. Celle que j’avais a été brulée dans l’incendie pourriez-vous m’en envoyer une. J’en voudrais

 
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une en celluloïd modèle des écoles cela s’achète chez Tavernier Gravat Rue Mayet n°16 je crois je ne suis pas certain du numéro. En temps de paix cela coutait 12 ou 16 francs maintenant cela doit en couter 20 ou 25. Si vous avez le temps de m’en envoyer une voulez-vous y joindre aussi une ou deux piles de rechange pour ma lampe cartouche ainsi qu’une ampoule. Mon ampoule est brulée, et la pile est usée.
J’ai attrapé un gros rhume et je tousse beaucoup.

Je vous embrasse affectueusement

Jean

Devenir aviateur pendant la Grande Guerre n’est pas une chose facile. La première difficulté pour les volontaires est incarnée par les officiers des autres corps qui bloquent les candidatures ou désinforment les recrues potentielles. Les volontaires à l’arme aérienne doivent également passer une visite médicale très rigoureuse. Au sein des centres de formation se pose également le problème du manque d’instructeurs compétents, les « volontaires d’office » n’étant pas toujours qualifiés pour des tâches pédagogiques.

Une fois acceptés, les aviateurs en devenir rejoignent Dijon-Longvic, dépôt central et école militaire de l’aviation française : le premier centre d’instruction technique. Pour l’obtention du brevet, les centres de formation suivent une méthode appliquée depuis 1917 : le maitre décolle, puis passe progressivement les commandes à l’élève, avant de le guider et de le conseiller. Passé le premier vol en solitaire, l’aspirant doit passer trois épreuves supplémentaires avant l’examen théorique et pratique. Selon la météo, des cours sur les connaissances liées à l’avion sont donnés.

Au moment d’obtenir son brevet, on estime qu’un candidat a réalisé autour de 28h de vol, et plus de 100 atterrissages. Si le diplôme n’est pas obtenu après plus de 3 mois de formation, l’aspirant est radié.

Après obtention du brevet – décroché par plus de 16 000 élèves aviateurs durant la guerre –, les élèves sont répartis selon leur niveau pour se perfectionner et apprendre le travail en escadrille. Parmi les écoles de perfectionnement, on peut retenir celles de Cazaux, d’Avord ou encore d’Etampes. Rien ne peut cependant les préparer réellement à la première véritable sortie sur le front ; c’est pourquoi les chefs d’escadrille se doivent de leur apporter une attention particulière, pour les protéger et les aguerrir.
Jacques Duval dit en 1918 : «  le pilote en sortant des différentes écoles est censé savoir voler et se battre. Il lui reste à devenir un combattant… »

Chaput se fait donc ici instructeur. Il est maintenant l’un des plus hauts gradés et des plus expérimentés de son escadrille et doit former les nouveaux venus. Il regarde ses élèves comme des « poulains » ; il espère passer de la théorie à la pratique au plus vite et nourrit des ambitions sur les futurs résultats de « ses » pilotes. Le concept d’as est désormais ancré dans le vocabulaire des aviateurs.

On remarquera l’augmentation des prix en temps de guerre, même pour une simple règle. Le père de Chaput devient ici sa source d’approvisionnement pour des articles que son fils ne peut se fournir directement, même en retrait du front. A noter également qu’il demande à son père de dépenser pour lui des sommes nettement moins élevées que celles demandées à sa tante.

Becoming a French aviator during the Great War wasn’t easy. The first difficulty for the volunteers was incarnated by the officers from other corps who blocked candidacies or misinformed potential recruits. The volunteers willing to join the air force also had to go through a very strict medical examination. Inside the training centers there also was the lack of competent instructors, the “ex officio volunteers” not being always qualified for pedagogic tasks.

If accepted, the airmen-to-be joined Dijon-Longvic, central depot and military school for the French air force: the first technical training center. To obtain the diploma, the formation centers followed a method used since 1917: the instructor takes off, progressively gives the commands to the student and then just guides and advises him. After the first solo flight, the aspirant must pass three additional trials before the theoretical and practical exams. Depending on the weather, aircraft knowledge classes could be given.

When an aspirant obtained his diploma, it was estimated he spend around 28 hours in the air, and did more than 100 landings. If someone didn’t get their diploma after 3 months, they were kicked out.

After obtaining the diploma – done by over 16000 aircraft students during the war – the students were split according to their level to improve and learn how to work in a squadron. Among the training schools worth mentioning there were Cazaux, Avord and Etampes. However nothing could truly prepare the students to the first real flight on the frontlines; which is why the squadron commanders had to pay them a special attention, in order to protect them and season them.
As Jacques Duval said in 1918: “the pilot getting out of different schools is supposed to know how to flight and to fight. He still has to become a fighter…

Here, Chaput thus became an instructor. By then he was one of the most high-ranked and most experimented men in the squadron and had to form the new recruits. He saw his students as “colts”; he hoped to go from theory to practice as fast as possible. He also had big ambitions for “his” pilots’ future results. The concept of ace was firmly installed in the airmen’s vocabulary by then.

One can note the price rise in time of war, even for a simple ruler. Here Chaput’s father became his source of supply for articles his son couldn’t directly get, even away from the frontlines. It can also be noted that Chaput asked way less money from his father than from his aunt.

 
Transcription:
 

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January 21st 1918

Dear Dad,

I believe it has been a long time since I wrote to you. There are two reasons for it; the first: I didn’t have letter paper. The second: I have been working a lot these days. Indeed, I started a class on fighting aircraft for the pilots of my squadron and I am giving them a series of conferences. I actually had

 
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encouraging results immediately, and my colts already took down two Boches. Aside from the conferences I am having them do exercises in the air and I plan on leading them myself into combat. That way I am sure I will make aces out of several of them.
For my work I could use a calculus ruler. The one I had was burned in the fire could you send me one. I would like

 
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one in celluloid scholar model it is bought in Tavernier Gravat Rue Mayet n°16 I think I am not sure of the number. Before the war it cost 12 or 16 francs now it must be 20 or 25. If you have the time to send me one could you also add one or two spare batteries for my cartridge lamp as well as a bulb. Mine is burnt, and the battery is worn out.
I caught a big cold and I cough a lot.

Very best love

Jean

Sich im Ersten Weltkrieg zum Flieger ausbilden zu lassen war keine einfache Angelegenheit. Das erste Hindernis für die Freiwilligen waren die Offiziere der anderen Korps, die Bewerbungen blockierten oder potentiellen Rekruten falsche Informationen zukommen ließen. Zudem mussten sich diejenigen, die zur Luftwaffe wollten, einer sehr strengen ärztlichen Untersuchung unterziehen. An den Ausbildungsstätten fehlte es überdies an fähigen Ausbildern, da „unfreiwillige Freiwillige“ nicht immer für pädagogische Aufgaben geeignet waren.

Nach ihrer Aufnahme begannen die künftigen Piloten ihre Ausbildung in Dijon-Longvic, wo sich das zentrale Depot sowie die Militärflugschule und damit die wichtigste technische Ausbildungsstätte der französischen Luftfahrt befanden. Die in den Ausbildungszentren seit 1917 angewandte Methode bestand darin, dass der Ausbilder nach dem von ihm durchgeführten Start dem Schüler nach und nach das Steuer übertrug und ihn dann anleitete und ihm Ratschläge erteilte. Nach seinem ersten Alleinflug musste der Anwärter drei Zusatzprüfungen bestehen, bevor er mit Abschluss einer theoretischen und einer praktischen Prüfung den Flugzeugführerschein erlangen konnte. Je nach Wetterlage wurde den Schülern auch Fachwissen zu Flugzeugen vermittelt.
Mit Erhalt seines Flugzeugführerscheins dürfte ein Kandidat wohl um die 28 Stunden Flugerfahrung gesammelt und mehr als 100 Landungen absolviert haben. Konnte ein Anwärter die Ausbildung nicht innerhalb von drei Monaten erfolgreich abschließen, musste er die Flugschule verlassen.

Nach ihrem Abschluss – den im Laufe des Krieges ungefähr 16.000 Flugschüler erlangten – wurden die Schüler anhand ihres Fähigkeitsstands eingestuft und konnten so ihre Fertigkeiten vertiefen sowie das Fliegen in einer Staffel erlernen. Die weiterführenden Ausbildungsstätten befanden sich u.a. in Cazaux, Avord oder auch Étampes. Aber natürlich konnte man die Piloten nicht wirklich auf den ersten Flug an der Front vorbereiten, weshalb die Staffelchefs ihnen besondere Aufmerksamkeit schenken mussten, um sie zu schützen und auf dem Kampfeinsatz vorzubereiten.
Im Jahr 1918 sagte Jacques Duval hierzu: „Mit dem Abschluss einer Fliegerschule sollte ein Pilot fliegen und kämpfen gelernt haben. Nun ist es an ihm, ein Kämpfer zu werden…

Chaput ist nun also Ausbilder. Als einer der dienstgradhöchsten und erfahrensten Mitglieder seiner Staffel unterrichtet er die Neuankömmlinge. Für ihn sind es seine „Schützlinge“. Er hofft, so schnell wie möglich von der Theorie in die Praxis übergehen zu können und zeigt sich sehr ehrgeizig, was die künftigen Ergebnisse „seiner“ Piloten betrifft. Das „Fliegerass“ wird fester Bestandteil des Luftfahrtvokabulars.

Zu beachten ist auch der Preisanstieg zu Kriegszeiten, sogar für einen einfachen Rechenschieber. Vater Chaput wird hier zur Bezugsquelle seines Sohnes für Produkte, an die sein Sohn selbst fern der Front nicht herankommt. Interessant ist auch, dass er seinen Vater um wesentlich niedrigere Ausgaben bittet als er das bei seiner Tante tut.

 
Transkription:
 

[S. 1]
21. Januar 1918
Mein lieber Papa,
es ist nun wirklich sehr lange her, glaube ich, dass ich Ihnen das letzte Mal geschrieben habe. Das hatte zwei Gründe: zuerst einmal hatte ich kein Briefpapier zur Verfügung, zum zweiten hatte ich in letzter Zeit recht viel zu arbeiten. Ich unterrichte nun die Piloten meiner Staffel im Kampfflug und halte ihnen einige Vorträge. Tatsächlich konnte ich

 
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in kürzester Zeit ermutigende Ergebnisse verzeichnen und meine Schützlinge haben mir schon zwei Deutsche abgeschossen. Neben den Vorträgen lasse ich sie Flugübungen absolvieren und ich selbst werde sie wohl schließlich auch ins Gefecht führen. Ich bin überzeugt, dass ich so einige von ihnen zu Fliegerassen ausbilden kann.
Für meine Arbeit bräuchte ich einen Rechenschieber, meiner ist leider verbrannt. Könnten Sie mir einen schicken? Ich hätte gerne

 
[S. 3]
ein Schulmodell aus Celluloid. Zu kaufen gibt es solche bei Tavernier-Gravet in der Rue Mayet Nr. 16, glaube ich, bei der Hausnummer bin ich mir nicht ganz sicher. Zu Friedenszeiten kosteten sie noch 12 oder 16 Francs, nun müssten es 20 oder 25 sein. Wenn Sie die Zeit finden, mir einen zu schicken, könnten Sie dann noch eine oder zwei Ersatzbatterien für meine Taschenlampe beilegen sowie eine Glühbirne? Die Birne ist durchgebrannt und die Batterie leer.
Ich habe mir einen ordentlichen Schnupfen eingefangen und huste viel.

Mit den allerherzlichsten Grüßen
Ihr Jean