29.03.1916: Jean: Alors je serai maître de mon petit royaume | Jean: Then I’ll Be Master of my Little Kingdom | Jean: Dann werde ich Herr meines kleinen Königreiches sein

Transcription:
 

29 mars 1916

J’ai enfin obtenu un Nieuport. De nouveau en prenant cet appareil j’éprouve  une fois de plus la sensation désagréable de monter un engin neuf, qui n’a pas été mis à l’épreuve par soi-même. Il marche bien cependant ; et contre toute attente ne me change pas trop après le Morane.

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18.03.1916: Jean percute un avion ennemi dans le ciel de Verdun | Jean Hits an Enemy Aeroplane in the Verdun Sky | Jean stößt am Himmel von Verdun mit einem feindlichen Flugzeug zusammen

Transcription:
 

18 mars 1916

Dans la matinée je fais une première croisière ; pas un ennemi en vue. Après le déjeuner, nouvelle sortie ; avec le  Capitaine. Pas de combat. …

… J’atterris à [rature] reprendre de l’essence.
A peine rentré à Ancemont, je repars sur des boches signalés. Ceux-ci restent invisibles, je continue donc ma promenade à la recherche d’une bonne fortune. Celle-ci ne tarde pas à se présenter sous la forme d’un bel LVG que j’attaque ; mais celui-ci ne se laisse pas faire ; il est plus haut que moi et je dois tirer avec la mitrailleuse à la main, celle-ci rate ; je réarme ; le boche tire toujours. Dégoutés, nous partons chacun de notre côté.
Une demi-heure après, même …

… décors ; Mon LVG revient dans nos lignes, mais à 3000 cette fois, moi je suis à 3800 [ illisibles ] lui, et je le laisse s’enfoncer vers le sud aussi loin qu’il voudra aller. Les 75 éclatent autour de lui, et il esquisse un virage ; c’est le moment pour moi ; un petit pincement au cœur ; et  je me jette dans l’irréparable. C’est alors la chute à pic ; le vent qui hurle dans les arbres et les câbles, et le moteur qui s’affole entre le plan et le capot ; je vois le grand biplan gris …

… qui grossit étonnamment. Les détails s’inscrivent ; les croix ; la queue la grosse mitrailleuse [ illisibles ] la tourelle.
J’amène cet ensemble au croisement de mon viseur ; et par deux fois, je presse ma poignée je vois une lueur dans l’appareil le passager tombe à la renverse dans sa tourelle et comme un vaisseau désemparé l’avion vire en montant. Je pressens la rencontre inévitable ; et instinctivement je remets plein moteur en regardant toujours par mon viseur.
La catastrophe arrive ; c’est le choc effroyable, …

… la collision épouvantable en plein ciel. A moins d’un mètre de ma figure, je vois la toile qui porte la large croix de fer se tordre et se plisser. Aussitôt que le grand craquement a retenti, je me sens choir en arrière et en tournant pendant que le moteur vibre frénétiquement j’ai l’impression que tout est brisé car j’ai reçu un choc sur l’épaule ; et je crois que c’est mon aile gauche qui s’est repliée. Je vois une trainée de flammes passer à mes côtés, et je me retrouve dans mon petit appareil qui a repris son vol, je suis …

… tout étonné de sentir les commandes qui répondent à nouveau. Je descends en larges spirales, et j’atterris, « comme une fleur ».

A Verdun où la doctrine est l’offensive à outrance, les configurations de combats sont aussi nombreuses qu’aléatoires et la tactique du chasseur est personnelle et empirique.

La collision survenue le 18 mars est un exemple de la marge d’improvisation du pilote.  Chaput laisse l’avion s’enfoncer dans les lignes françaises où il est plus intéressant de l’abattre – l’avion pourra être observé et le pilote fait prisonnier – et où le feu des DCA le rend plus vulnérable, il fond sur le LVG  quand celui-ci tourne car le virage fait ralentir l’appareil, et la surface exposée au tir est plus importante, mais le LVG se redresse et les appareils se percutent. Le LVG est littéralement déchiré par les hélices que Jean a eu le bon sens de lancer à pleine vitesse juste avant l’impact.

Ce duel se distingue par la violence qu’il déploie, tant celle du choc entre les deux avions que celle faite au corps des combattants. Plusieurs photographies montrent en effet le pilote allemand brûlé dans la carlingue, et Jean au-dessus de la dépouille noire et amputée. A la violence physique succède ainsi la violence morale du spectacle de la mort, quoiqu’il n’existe aucun témoignage connu de Jean sur cette vision.

Ce combat fait exception parce qu’il était admis parmi les pilotes qu’une collision était fatale aux deux pilotes, un moyen d’entraîner l’adversaire dans sa chute. Sa victoire du 18 mars (cf post)  permet donc à Jean d’ajouter une palme d’argent à sa croix de guerre et est d’être nommé sous-lieutenant. Jean tire de ce combat une fierté ambigüe : il refuse que son nom soit cité dans les journaux tout en regrettant le faible éclat de la citation qu’il reçoit. Dans une lettre à sa sœur, il accuse la hiérarchie militaire d’être hostile à tout ce qui sortirait des normes.

« C’est le moment pour moi ; un petit pincement au cœur ; et  je me jette dans l’irréparable » a été censuré dans l’édition des lettres de Chaput de 1920. Cette suppression de l’expérience intime laisse entrevoir l’injonction faite aux « As » de ne ressentir ni doute ni remords.

In Verdun, where the prevailing doctrine is for all-out offensives, combat configurations are as numerous as they are random and fighters’ tactics are purely practical; thus in the first combat where Jean, just below his adversary, cannot use his machine gun, he attacks an aeroplane with his shoulder as weapon!

The third battle which occurs, however, leaves Jean more margin to develop a strategy. He lets the (enemy) aeroplane go deeper into the French lines where it is more interesting to shoot it down and where the air defence fire makes it more vulnerable. If Jean attacks when the LVG is turning it is because the turn makes the aircraft slow down, and there is a greater surface exposed to fire. He then has to get as close as possible to his adversary to have a chance of reaching him, and do this as quickly as possible.  But here the LVG straightens up at the same time as Jean swoops down on him. When the aircraft collide, the LVG is torn by the propellers that Jean had the good sense to run at full speed just before impact.

This combat was written about extensively at the time. The press enthusiastically relays the event to the point that Suzette (see post 29.08.2015), is questioned by a soldier taking the same train as her who sees her with a photo of the LVG all carved up! Jean takes ambiguous pride in this combat: he will not have his name quoted in the newspapers but regrets the weak wording in the mention he receives. In a letter to his sister he accuses the military hierarchy of being hostile to anything out of the ordinary.

“This is my moment; there’s a little twinge in my heart; and I fling myself into the irreparable” was censured in the publication of Chaput’s letters in 1920 and yet it is one of the rare moments when a little of Jean’s inner experience appears.

 
Transcription:
 

18th March 1916

All my life I’ll remember this day as it may be memorable above all others. Early in the morning I went to Ancemont after again fixing the support of my machine gun damaged during combat the day before.
In the morning I do an initial cruise; no enemy in sight. After lunch, another sortie; with the Captain. No combat. …

… I land at [crossed out] to get more petrol. I’ve barely got back to Ancemont, I’m off again to reported Boches. They remain invisible, so I continue my trip in search of good luck. This takes no time to turn up in the shape of a beautiful LVG that I attack; but it doesn’t let itself be pushed around; it’s higher than me and I have to shoot with the machine gun in my hand, it fails, I reload, the Boche is still firing. Fed up, we each go our way. Half an hour later, the same …

… scenario; my LVG comes back over our lines, but at 3,000 this time, as for me I’m at 3,800 [illegible] him, and I let him go down south as far as he wants to go. The 75s explode around him, and he makes a move to turn; this is my moment; there’s a little twinge in my heart; and I fling myself into the irreparable. Then it’s a sheer drop; the wind howling in the trees and cables, and the engine panicking between the bulwark and the cowling; I see the big grey biplane …

… which swells up surprisingly. The details are engraved in my mind; the crosses, the tail the fat machine gun [illegible] the turret. I get all this in my sights; and twice, I squeeze my fist I see a light in the aircraft the passenger falls backwards in his turret and like a ship lost at sea the aeroplane turns as it climbs. I foresee the inevitable encounter; and instinctively I give the engine full throttle all the while looking in my gun-sight. Catastrophe hits; it’s a terrible shock, an appalling mid-air collision. …

… Less than a yard from my face I see the canvas bearing the large iron cross twist and fold. As soon as the great crack sounded, I felt myself fall backwards, and turning while the engine flutters wildly I have the impression everything is broken as I felt an impact on my shoulder; and I think it’s my left wing which is bent over. I see a trail of flames at my side and I find myself in my little aircraft which has resumed flight, and I am …

… quite astonished to feel the controls respond again. I descend in wide spirals, and I land “just like that”.

 In Verdun, wo der Grundsatz der totalen Offensive galt, waren die Kampfkonstellationen ebenso zahlreich wie zufällig und die Taktik des Jagdfliegers wurde von diesem selbst bestimmt und beruhte auf dessen Erfahrungen.

Der Zusammenstoß am 18. März ist ein Beispiel für den Improvisationsspielraum der Piloten. Chaput ließ das feindliche Flugzeug in die französischen Linien eindringen, da es interessanter war, das Flugzeug hier abzuschießen – das Flugzeug konnte untersucht und der Pilot gefangengenommen werden – und es dort durch das Feuer der Flugabwehr verwundbarer wurde. Er stürzte sich auf die LVG als diese abdrehte, denn durch die Kurve wurde das Flugzeug langsamer und die Angriffsfläche größer. Doch die LVG zog wieder hoch und die beiden Flugzeuge stießen zusammen. Die LVG wurde von den Propellern, die Jean kurz vor dem Aufprall richtigerweise auf volle Geschwindigkeit gebracht hatte, buchstäblich zerrissen.

Dieses Duell zeichnet sich vor allem durch seine Heftigkeit aus, sowohl was das Aufeinanderprallen der beiden Flugzeuge anbetrifft als auch die physischen Folgen für die Kämpfer. Mehrere Fotografien zeigen in der Tat den in seiner Kanzel verbrannten deutschen Piloten und Jean über den verkohlten und verstümmelten sterblichen Überresten. Der physischen Gewalt folgte somit die psychische Gewalt des Todesspektakels, auch wenn diese Betrachtungsweise nicht durch Jean bezeugt wurde.

Dieser Kampf stellte eine Ausnahme dar, denn die Piloten wussten, dass ein Zusammenstoß für beide Piloten fatal war, ein Mittel um den Gegner bei seinem Absturz mitzureißen. Jeans Sieg am 18. März (siehe Post) brachte ihm einen silbernen Palmenzweig auf seinem Kriegskreuz sowie die Beförderung zum Leutnant (sous-lieutenant). Jeans Stolz auf seinen Sieg war zwiespältig: Einerseits wollte er nicht, dass sein Name in den Zeitungen erwähnt wird. Andererseits bedauerte er das geringe Ansehen der ehrenvollen Erwähnung, die er erhielt. In einem Brief an seine Schwester bezichtigte er die Militärhierarchie, allem, was außerhalb der Norm liege, ablehnend gegenüberzustehen.

„Jetzt war mein Augenblick gekommen: Schweren Herzens stellte ich mich dem Schlimmsten“: Diese Passage wurde aus den 1920 veröffentlichten Briefen von Chaput gestrichen. Diese Zensur der ganz persönlichen Erfahrung deutet darauf hin, dass die „Fliegerasse“ den Befehl erhielten, weder Zweifel noch Schuldgefühle zu zeigen.

 
Transkription:
 

[Seite 1]

  1. März

Solange ich lebe, werde ich mich an diesen Tag erinnern, da er von allen Tagen der unvergesslichste sein könnte. Früh am Morgen startete ich nach Ancemont, nachdem ich zuvor erneut veranlasst hatte, dass die Halterung meines während des Kampfes am Vortag beschädigten Maschinengewehrs wieder in Ordnung gebracht wird.
Am Vormittag unternahm ich einen ersten Flug; kein Feind in Sicht. Nach dem Mittagessen flog ich erneut; mit dem Staffelführer. Kein Kampf.

[Seite 2]
Ich landete in [Streichung], um aufzutanken. Kurz nach meiner Rückkehr nach Ancemont brach ich wieder auf, da man Boches gemeldet hatte. Diese blieben jedoch unsichtbar und ich setzte meinen Ausflug auf der Suche nach einem glücklichen Zufall fort. Dieser ließ nicht lange auf sich warten und am Himmel tauchte eine schöne LVG auf, die ich angriff. Doch sie wehrte sich; sie war höher als ich und ich musste das Maschinengewehr mit der Hand bedienen. Der Schuss ging daneben und ich lud nach. Der Boche schoss immer noch. Wir hatten schließlich genug und unsere Wege trennten sich. Eine halbe Stunde später die gleiche

[Seite 3]
Szenerie: Meine LVG kehrte in unsere Linien zurück, aber dieses Mal bei 3.000, ich war bei 3.800 [unleserlich] ihm, und ich ließ ihn so weit in südlicher Richtung eindringen wie er wollte. Die 75er schlugen um ihn herum ein und er deutete eine Schleife an. Jetzt war mein Augenblick gekommen: Schweren Herzens stellte ich mich dem Schlimmsten. Ich ging zunächst in den Sturzflug; der Wind, der in den Wellen und Seilen heulte und der Motor, der zwischen der Tragfläche und der Haube durchdrehte. Ich sah, wie der große graue Doppeldecker

[Seite 4]
immer größer wurde. Man konnte jetzt auch Details erkennen: die Kreuze, das Heck, das große Maschinengewehr [unleserlich], die Gefechtskanzel. Ich nahm dies alles ins Visier und als ich meinen Griff zum zweiten Mal drückte, sah ich im anderen Flugzeug einen Lichtschein, der Beobachter fiel in seinem Cockpit hintenüber und das Flugzeug drehte wie eine manövrierunfähiges Schiff ab während es stieg. Ich ahnte, dass ein Zusammenstoß unvermeidbar sein würde und drehte deshalb instinktiv den Motor voll auf, während ich durch mein Visier blickte. Es kam zur Katastrophe: ein furchtbarer Zusammenprall,

[Seite 5]
ein unvermeidbarer Zusammenstoß in großer Höhe. In einem Abstand von weniger als einem Meter von mir sah ich, wie sich die Bespannung mit dem großen Eisernen Kreuz verdrehte und Falten warf. Sobald ein starkes Krachen zu hören war, hatte ich das Gefühl, nach hinten zu fallen und während ich meine Kreise zog und der Motor heftig vibrierte, hatte ich den Eindruck, alles sei kaputt, da ich einen Stoß gegen die Schulter bekommen hatte. Und ich glaubte, dass es mein linker Flügel war, der sich umgebogen hatte. Ich sah einen Flammenschweif an mir vorbeiziehen und fand mich in meinem kleinen Flugzeug wieder, das wieder flog. Ich war

[Seite 6]
ganz erstaunt, als ich spürte, dass mein Steuerruder wieder reagierte. Ich kam in weiten Spiralen herunter und landete „wie eine Blume“.

Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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Jean Chaput

03.03.1916: Le rassemblement des “As” | Flying “Aces” Rally | Das Treffen der “Fliegerasse”

Transcription:
 

Le 3 mars 1916

Mon cher Papa,

J’ai été désolé de quitter Paris ou tout au moins ses environs sans avoir pu vous dire au revoir. Marot a dû vous le dire, j’ai été expédié directement en voiture légère en moins de 2 heures, je suis arrivé sans encombre à B.L.D. [Bar-le-Duc] dans la soirée du 1er. Presque impossible de trouver un logement. J’ai fini par trouver un taudis dans un hôtel [illisible] et j’ai partagé un mauvais lit avec un de mes camarades de voyage. Le lendemain je me suis présenté au …

… centre et j’ai affecté à la N31, Capitaine Augier. (Le fils du général commandant la place de Pau). Il m’a reçu très gentiment et a été fort aimable il m’a promis un appareil d’ici un ou deux jours. Il va faire tout son possible pour que j’aie un monoplace ; mais il craint que ce ne soit difficile.
C’est un honneur pour moi que d’être ici : on y a réuni des pilotes choisis dans toutes les escadrilles à l’occasion des attaques de Verdun. Dans l’escadrille où je suis il y a Pelletier d’Oisy, un tombeur de boches fameux, je suis le seul sous-officier et le seul à ne pas avoir la croix. Navarre est ici aussi mais dans une autre escadrille. Non content de ses deux boches de l’autre jour, il en a encore abattu un hier. …

… C’est un type extraordinaire.
Pour le moment je suis donc très content d’être ici et ce [sic] crois que je serai à même de faire du bon travail si l’on me donne un bébé. Sinon je tâcherai d’avoir un Spad. C’est un appareil biplace bizarre qui va pas mal.
La seule chose un peu ennuyeuse est que nous sommes ici en camp volant et il n’y a absolument rien d’organisé. Chacun est livré à lui-même et se débrouille comme il peut. On couche donc à l’hôtel ou en …

… ville et l’on mange au restaurant. Ce n’est pas désagréable comme vie et B.L.D. est une ville pleine de ressources ; seulement cela revient cher et je crains d’apercevoir bientôt le fond de ma bourse.
Ce qui va me changer de l’escadrille 28 c’est que le matériel paraît ne pas manquer ici. Il y a des mitrailleuses Lewis, et de merveilleux viseurs optiques. Avec un outillage comme cela le travail doit être aisé.
Je vous tiendrai au courant de ce que je deviens, et vous écrirai si j’ai besoin de quelques vêtements que j’aurais laissé [sic] à Paris.

Je vous embrasse tendrement ainsi que Jeanne.

Jean

Chaput est conduit à Bar-le-Duc ( 45 km au sud-ouest de Verdun) en urgence : le 21 février, les Allemands ont lancé le premier assaut de la longue bataille de Verdun et tentent de submerger les défenses françaises grâce à leur supériorité aérienne : regroupés pour la première fois en groupements (K.E.K) de quatre ou cinq Fokker, les appareils détruisent les moyens d’observation français (ballons et avions) et aveuglent ainsi l’artillerie qui ne peut plus effectuer des tirs de contre-batterie et arrêter les offensives de l’infanterie allemande.

Le commandant Charles de Rose, commandant de la seule escadrille de chasse française, également le premier français à avoir obtenu le brevet d’aviateur, est alors chargé par Joffre de rétablir la situation. Dans la précipitation, une aviation de chasse est créée sous la forme de 15 escadrilles où le commandant de Rose a rassemblé les meilleurs pilotes et les meilleurs avions : les Nieuport XI.

Chaput ne cache pas sa joie : à Bar-Le-Duc le front est encore loin, Jean trouvera quelques jours après un logement chez l’habitant, il savoure le prestige de sa sélection, fréquente les meilleurs pilotes, et va enfin pouvoir piloter un avion tel qu’il en rêve depuis des mois : un monoplace, le Nieuport XI, dit « Bébé ».Face aux Fokker, très bien armés mais peu maniables, ce tout nouvel appareil français a l’avantage de sa manœuvrabilité et de sa rapidité.Ilcompensele retard de l’aviation de chasse française: face aux 250 cartouches des mitrailleuses allemandes,  la mitrailleuse Lewis dont le Nieuport XI est équipé dispose d’un chargeur de 47 cartouches soit le double des 24 cartouches permises auparavant par les mitrailleuses Hotchkiss. Le rassemblement voulu par le Commandant de Rose marque la naissance de l’aviation de chasse spécialisée, à l’orée de la première bataille proprement aérienne.

Chaput is driven to Bar-le-Duc (45 km south-west of Verdun) as a matter of urgency: on 21 February the Germans launched the first assault of the long battle of Verdun and try to submerge French defences with their air superiority: grouped together for the first time in patrols of four or five Fokkers, the aircraft destroy French observation (balloons and aeroplanes) and thus effectively blind the artillery who can no longer carry out counter-battery fire and stop German infantry offensives.

Squadron Leader Charles de Rose, head of the sole French fighter squadron and also the first Frenchman to gain his military wings, is thus charged by Joffre with restoring the situation. A fighter plane is created in the rush in the shape of 15 squadrons where Squadron Leader de Rose has gathered the best pilots and the best aeroplanes: the Nieuport XIs.

Chaput cannot disguise his joy: in Bar-le-Duc the front is still far away, in a few days Jean will find lodgings with the locals, he enjoys the prestige of his being selected, rubs shoulders with the best pilots, and will finally be able to pilot the sort of plane he has dreamt of for months: a single-seater, the Nieuport XI, called “Baby”. Compared to the Fokkers, which are well armed but unwieldy, this brand new French aircraft has the advantage of manoeuvrability and speed. It makes up for the backwardness in French aviation: confronted with the German machine gun’s 250 cartridges, the Lewis machine gun in the Nieuport XI has a 47-cartridge magazine, or double the 24 cartridges allowed previously by the Hotchkiss machine guns. Squadron Leader de Rose’s rally marks the birth of specialised fighter aviation, on the brink of the first actual air combat.

 
Transcription:
 

[page 1]
3rd March 1916

My dear Papa,
I was sorry to leave Paris or at least its surroundings without having said good bye. Marot must have told you, I was sent directly in a light vehicle in less than 2 hours, I arrived without mishap at B.L.D. (Bar-le-Duc) on the evening of the 1st. Almost impossible to find lodgings. I ended up finding a slum in a [illegible]  hotel and I shared a bad bed with one of my travelling comrades. The next day I turned up at the

[page 2]
centre and I was posted to the N31, Captain Augier. (The son of the general in charge of the Pau region). He welcomed me very kindly and was most friendly he promised me an aircraft in the next day or two. He’ll do his utmost to get me a single-seater; but he fears it will be difficult.
It’s an honour for me to be here: pilots selected from all the squadrons for the Verdun attacks have been gathered here. In the squadron where I am there is a Pelletier d’Oisy, a famous Boche feller, I’m the only NCO and the only one without a cross. Navarre is also here but in another squadron. Not satisfied with his two Boches the other day, he shot down another one yesterday.

[page 3]
He’s an extraordinary chap.
So for the moment I’m very happy to be here and this [sic] think that I’ll be able to do good work if I’m given a baby. Otherwise I’ll try to have a Spad. It’s a strange twin-seater which doesn’t do badly.
The only thing that’s a bit annoying is that we’re in a transit camp and absolutely nothing at all is organised. Everyone is left to his own devices and does what he can. So we sleep at the hotel or in

[page 4]
town and we eat in the restaurant. It’s not an unpleasant life and BLD is a town full of resources; it’s just that it’s expensive and I fear that I’ll soon be seeing the bottom of my purse.
What will be a change for me from squadron 28 is that equipment doesn’t seem to be lacking here. There are Lewis machine guns and marvellous optical gun-sights. With tools like that, work should be easy.
I will keep you posted about what becomes of me and I’ll write if I need the few clothes I left in Paris.

Fondest love to you as well as to Jeanne.
Jean

 Chaput wird in aller Eile nach Bar-le-Duc (45 km südwestlich von Verdun) gebracht: Am 21. Februar flogen die Deutschen den ersten Sturmangriff der langen Schlacht von Verdun und versuchten nun, die französischen Verteidigungsstellungen durch ihre Lufthoheit aufzuweichen. Die deutschen Flugzeuge, zu Kampfeinsitzer-Kommandos mit vier oder fünf Fokker-Maschinen (KEK) zusammengefasst, zerstörten die französischen Beobachtungsmittel (Ballons und Flugzeuge) und blendeten so die Artillerie, welche die feindliche Artillerie nicht mehr bekämpfen und die Angriffe der deutschen Infanterie nicht stoppen konnte.

Major (commandant) Charles de Rose, der die einzige französische Jagdstaffel befehligte und auch der erste Franzose mit einer Militärfluglizenz war, erhielt von Joffre den Auftrag, die Lage wieder in den Griff zu bekommen. In aller Eile gründete er die Jagdfliegerei in Form von fünfzehn Staffeln mit den besten Piloten und Jagdflugzeugen, den Nieuport XI.

Chaput verhehlt nicht seine Freude: In Bar-le-Duc ist die Front noch weit entfernt, es gefällt ihm, privat untergebracht zu sein, er genießt das Ansehen aufgrund der Tatsache, ausgewählt worden zu sein, er verkehrt mit den besten Piloten und wird endlich das Flugzeug fliegen können, von dem er seit Monaten träumt: einen Einsitzer, die Nieuport XI, auch „Baby“ genannt. Dieses vollkommen neue französische Flugzeug hat gegenüber den sehr gut bewaffneten, aber schwerfälligen Fokkern den Vorteil, dass es wendig und schnell ist. Es gleicht den Rückstand der französischen Jagdfliegerei aus: Gegenüber den 250 Patronen der deutschen Maschinengewehre, verfügt das Maschinengewehr Lewis, mit dem die Nieuport XI ausgestattet ist, über ein Magazin mit 47 Patronen, also fast doppelt so viel wie zuvor das Hotchkiss-Maschinengewehr mit 24 Patronen.
Das von Staffelführer (commandant) de Rose initiierte Zusammenziehen der Fliegerasse war die Geburtsstunde der Jagdfliegerei zu Beginn der ersten Luftschlacht.

 
Transkription:
 

[Seite 1]

  1. März 1916

Schreiben Sie mir an diese Adresse:
Außenstelle der R.G. Aviation
Postsektor 24

Mein lieber Papa,

es tut mir leid, dass ich Paris bzw. dessen Umgebung verlassen musste, ohne mich von Ihnen verabschieden zu können. Marot hat es Ihnen bestimmt gesagt: Ich wurde unverzüglich in weniger als zwei Stunden mit dem Pkw nach B.L.D. [Bar-le-Duc] geschickt, wo ich am Abend des 1. problemlos angekommen bin. Fast unmöglich, eine Unterkunft zu finden. Ich habe schließlich eine miserable Bleibe in einem Hotel [unleserlich] gefunden und mir ein schlechtes Bett mit einem meiner Reisebegleiter geteilt. Am nächsten Tag habe ich mich beim

[Seite 2]
Zentrum gemeldet und ich wurde der N31-Staffel von Hauptmann (capitaine) Augier (Sohn des Ortskommandanten von Pau) zugeteilt. Er hat mich sehr nett aufgenommen und war sehr freundlich. Er versprach mir eine Maschine in ein bis zwei Tagen. Er wird sein Möglichstes tun, damit ich einen Einsitzer bekomme, doch er befürchtet, dass dies schwierig sein wird.
Es ist für mich eine Ehre hier zu sein. Aus allen Staffeln wurden Piloten ausgewählt und hier wegen der Angriffe auf Verdun zusammengezogen. Zu meiner Staffel gehört auch der berühmte Pelletier d’Oisy, der viele „Boches“ besiegt hat. Ich bin der einzige Unteroffizier und habe als einziger kein Verdienstkreuz. Navarre ist auch hier, aber in einer anderen Staffel. Die beiden „Boches“, die er neulich abgeschossen hat, haben ihm nicht gereicht und so hat er gestern noch einen abgeschossen.

[Seite 3]
Er ist wirklich ein außergewöhnlicher Kerl.
Im Augenblick bin ich also sehr froh, hier zu sein und ich glaube, dass ich in der Lage wäre, meine Arbeit gut zu machen, wenn man mir eine Nieuport 11 geben würde. Andernfalls werde ich versuchen, eine Spad zu bekommen, ein eigenartiger Zweisitzer, der aber nicht schlecht fliegt.
Das einzig etwas Unangenehme hier ist, dass wir uns auf einem provisorischen Stützpunkt befinden und gar nichts organisiert ist. Jeder ist sich selbst überlassen und schlägt sich so gut durch wie er kann. Wir schlafen also im Hotel oder in

[Seite 4]
der Stadt und essen im Restaurant. Das ist durchaus angenehm und Bar-le-Duc hat viel zu bieten. Doch das Leben hier ist teuer und ich befürchte, dass mir bald das Geld ausgeht.
Im Gegensatz zur Staffel C 28 scheint es hier an Gerät nicht zu mangeln. Es gibt Lewis-Maschinengewehre und fabelhaftes optisches Zielgerät. Mit einer solchen Ausrüstung muss die Arbeit einfach sein.
Ich halte Sie auf dem Laufenden, was aus mir wird und schreibe Ihnen, wenn ich Kleidung benötige, die ich in Paris gelassen habe.

Ich umarme Sie liebevoll, mein lieber Papa, und ebenso Jeanne.

Jean

Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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Jean Chaput

02.03.1916: Bernard Flies to France | Bernard fliegt nach Frankreich | Bernard s’envole pour la France

Transcription:
 

2/3/16

Wednesday

Dear Dad,
What an apalling {sic} weekend that
last one was! We had about 6” of snow
here. There was snow all over these
southern counties, and it was pretty
general all over the North of France too.
You will be amused to learn I was back
in France again last week. Hele-Shaw
& I flew a new fighting machine over
to St. Omer, and trained back. We left …

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