19.02.1915: Jean reçoit son baptême de feu | Jean erhält seine Feuertaufe | Jean Receives his Baptism of Fire

Transcription:
 

[Recto]
République Française
Correspondance des Armées de la République
Franchise Militaire
[Deux cachets postaux, Trésor et Postes / 20-2-15 / *133*]
Mademoiselle J Chaput
1bis boulevard Rougemont
Tonnerre
Yonne

21 avenue D’Eylau
Paris

Envoi du soldat aviateur Chaput
Escadrille C 28
Secteur post [illisible]
[Cachet postal, Tonnerre / 7* /23-2-15 / Yonne]
[Cachet postal, Paris XVI / 7 30 / 24-2-15 / Distribution]

 
[Verso]
19 Février 1915
Dear old sister

J’ai fini par quitter Buc ;
j’en suis parti mardi
dernier. J’ai fait un long voyage
jusqu’à Amiens, puis n’ayant
plus qu’une vingtaine de Km à faire
je me suis perdu. J’ai traversé les
lignes et me suis copieusement fait
canarder. Voyant cela j’ai mis le
cap sur l’ouest puis j’ai atterri
et j’ai demandé où j’étais. Dix
minutes après j’étais [illisible, peut-être rentré]. Je n’ai
pas volé depuis car le temps est
épouvantable. Nous sommes fort bien
ici. Chambre et lit chez l’habitant. Le
matériel et vêtements à discrétion. La
nourriture du premier ordre. Je pense
à toi surtout en cette date et t’écrirai
longuement quand je trouverai du papier.
Je t’embrasse bien affectueusement       Jean

Au début du mois de novembre 1914 Jean Chaput quitte le Centre d’aviation militaire de Saint-Cyr où il affirme s’ennuyer et être déçu par l’ambiance qui y règne. Envoyé à l’école d’aviation d’ Avord, il s’entraîne sur divers appareils, particulièrement du type Blériot et Voisin. C’est sur ce dernier qu’il obtient son brevet de pilote militaire le 21 novembre 1914 malgré les conditions difficiles dans lesquelles se déroule l’épreuve tel qu’il les consigne sur son carnet : « Fini le B. M. [pour Brevet Militaire] sans un accroc ni une panne ni une erreur impression malgré les vents violents et [illisible] la neige et la pluie et les cartes incomplètes. » Cependant Jean Chaput ne voit pas encore réalisée son ambition d’être rapidement envoyé au front. De retour à St-Cyr, il effectue des vols de réception de Caudron G3, lui permettant d’acquérir une plus grande expérience en vol : « je dois commencer, écrit-il, à faire des progrès en aviation car je m’aperçois que je ne sais pas piloter alors qu’avant je croyais savoir. »

Le 17 février 1915, Jean Chaput est affecté à l’escadrille C28 commandée par le capitaine André Volmerange. Ses équipages s’entraînent à Saint-Cyr pendant le mois de janvier sur Caudron G3 en remplacement des Henri Farman sur lesquels ils volaient précédemment. Le Caudron G3 est l’un des appareils caractéristiques des escadrilles françaises du début de la Grande Guerre ; retenu comme l’un des quatre avions standard de l’Aéronautique par le général Hirschauer, il est employé principalement dans des missions de reconnaissance et de réglage d’artillerie. L’avis de Jean Chaput, qui le considère comme un « appareil épatant permettant ttes [pour toutes] les acrobaties, un vrai plaisir », témoigne des qualités de cet avion, très maniable, et de pilotage facile et pardonnant les erreurs, qui lui valent une longue carrière dans les écoles d’aviation après son remplacement au front par des appareils plus modernes.

L’épisode relaté par Jean Chaput dans cette lettre correspond au convoiement d’un Caudron G3 qu’il réalise le 16 février au départ de l’école d’aviation de Buc jusqu’à Vauchelles-lès-Authie, où il doit rejoindre son escadrille qui y est stationnée depuis le 7 février. Malgré son expérience du vol, acquise à l’occasion par mauvais temps, il fait fausse route, franchit la ligne du front et est attaqué par la DCA ennemie. C’est son baptême de feu. Mais on perçoit déjà dans la réaction tempérée de Jean l’esprit aguerri et le sang-froid qui contribuent à son renom. Comme il écrit à ses parents le 21 février, le mauvais temps l’empêche encore pendant quelques jours d’effectuer ses premières missions de reconnaissance. Pour Jean Chaput, enfin arrivé au front, la guerre commence désormais.

Anfang November 1914 verlässt Jean Chaput das Zentrum für militärische Luftfahrt in Saint-Cyr, wo er sich, wie er erklärt, „langweilt und von der Atmosphäre enttäuscht ist“. Er wird zur Luftfahrzeugführerschule nach Avord beordert und übt dort auf verschiedenen Flugzeutypen – hauptsächlich Blériot und Voisin. Auf einer Voisin er-wirbt er dann auch am 21. November 1914 seinen Pilotenschein für Militärluftfahrzeuge (Brevet militaire), trotz der schwierigen Bedingungen, unter denen die Prüfung stattfindet. In seinem Notizbuch vermerkt er: „ Brevet militaire erledigt, ging alles glatt, keine Pannen oder Fehler und das trotz des starken Windes und [unleserlich] Schnee und Regen und unvollständiger Karten.“ Aber für Jean Chaput geht der Wunsch, schon bald zum Kampfeinsatz an die Front geschickt zu werden, noch nicht gleich in Erfüllung. Zurück in St-Cyr ist führt er die Abnahme von Flugzeugen des Typs Caudron G-III durch und sammelt damit weitere Flugerfahrung. „Ich muss endlich beim Fliegen Fortschritte machen “, schreibt er, „denn ich merke, dass ich gar nicht fliegen kann, obwohl ich zuvor meinte, es zu können.”

Am 17. Februar 1915 wird Jean Chaput zur Staffel C28 versetzt. Die Besatzungen der vom Hauptmann André Volmerange befehligten Staffel üben im Januar in Saint-Cyr mit der Caudron G-III, die ihre Henri Farman-Flugzeuge ersetzen soll, mit denen sie bislang geflogen sind. Die Caudron G-III prägte die französischen Staffeln zu Beginn des Ersten Weltkriegs; General Hirschauer machte sie zu einem von vier Standardflugzeugen der militärischen Luftfahrt, sie wurde vor allem zur Aufklärung und zum Einschießen der Artillerie eingesetzt. Für Chaput ist es eine „fantastische Maschine, mit der alle Kunststücke möglich sind, eine wahre Freude“. Seine Aussage zeugt von den Qualitäten dieses Flugzeugs, das sehr beweglich, leicht zu steuern und fehlertolerant ist. Diese Qualitäten bescherten der Caudron G-III, nachdem sie an der Front durch modernere Flugzeugmuster abgelöst wurde, ein langes Leben an den Luftfahrzeugführerschulen.

Die Episode, die Jean Chaput in diesem Brief schildert, deckt sich mit einem von ihm am 16. Februar von der Luftfahrzeugführerschule in Buc aus durchgeführten Überführungsflug einer Caudron G-III nach Vauchelles-lès-Authie, wo Jean Chaput zu seiner Staffel stoßen soll, die dort seit dem 07. Februar stationiert ist. Trotz seiner – teilweise auch bei schlechtem Wetter – gesammelten fliegerischen Erfahrung kommt er von seiner Flugroute ab, überquert die Frontlinie und wird von der feindlichen Flugabwehr angegriffen. Das ist seine Feuertaufe. Aber an der von Jean gezeigten gelassenen Reaktion wird schon seine mentale Reife und die ihm eigene Nervenstärke erkennbar, die zu seinem Ruhm beigetragen haben. Wie er seinen Eltern am 21. Februar schreibt, hindert ihn das schlechte Wetter noch einige Tage daran, seine ersten Aufklärungseinsätze zu fliegen. Von da an beginnt für Jean Chaput, der endlich an der Front steht, der Krieg.

 
Transkription:
 

[Vorderseite]
Französische Republik
Korrespondenz der Streitkräfte der Republik
Feldpost
[Zwei Poststempel, Trésor et Postes / 20-2-15 / *133*]
Mademoiselle J. Chaput
1bis boulevard Rougemont
Tonnerre
Yonne
21 avenue D’Eylau
Paris

Feldpostsendung des Fliegers Chaput
Staffel C 28
Postsektor [unleserlich]
[Poststempel, Tonnerre / 7* /23-2-15 / Yonne]
[Poststempel, Paris XVI / 7 30 / 24-2-15 / Verteilung]
 

[Rückseite]
19. Februar 1915
Dear old sister

Endlich konnte ich Buc verlassen;
bin letzten Dienstag von dort
gestartet. Eine weiter Flug
bis Amiens;
20 km vor Ziel habe ich mich verflogen. Kam über die
feindlichen Linien und wurde ausgiebig
beschossen. Bin deshalb dann
Richtung Westen geflogen, bin gelandet
und hab nachgefragt, wo ich denn sei. Zehn
Minuten später war ich [unleserlich, vielleicht angekommen].
Seitdem bin ich nicht mehr geflogen, da das Wetter
schrecklich ist. Uns geht es hier sehr
gut. Privat logiert. Gerät
und Bekleidung zur Genüge. Erstklassige Verpflegung.
Ich denke an Dich, ganz besonders am heutigen Tag,
werde Dir ausführlicher schreiben, wenn ich Papier auftreibe.
Ich umarme Dich liebevoll.       Jean

In the beginning of November 1914 Jean Chaput leaves Saint-Cyr’s Centre d’aviation militaire where, he asserts, he is bored and disappointed with its atmosphere. Posted to the Avord’s aviation school, he trains in various aircraft types, mainly Blériots and Voisins. It is on the latter type that he obtains his military pilot license on the 21 November 1914 despite the difficult conditions in which the examination takes place, as he records in his notebook: “Finished the Brevet Militaire without a single incident mechanical breakdown or error in spite of violent winds and [illegible] snow and rain and incomplete maps.” However Jean Chaput’s ambition to be sent to the front to fight is not immediately fulfilled. Back in Saint-Cyr, he tests Caudron G3s, enabling him to gain flight experience: “I must be beginning, he writes, to make progress in aviation because I’m now aware of the fact that I don’t know how to fly whereas before I thought I knew.

On the 17 February 1915 Jean Chaput is assigned to escadrille C28 under the command of capitaine André Volmerange. The crews are trained on Caudron G3s in Saint-Cyr in January in order to replace the Henri Farmans in which they flew previously. The Caudron G3 is one of the French units’ most typical airplanes at the beginning of the Great War. Selected by General Hirschauer as one of the Aéronautique Militaire’s four standard aircrafts, it is mainly used in reconnaissance and artillery spotting missions. Jean Chaput sees the Caudron as a “splendid aircraft allowing all acrobatic maneuvers, a true pleasure” bearing witness to the qualities, easy handling and forgiving to pilot errors, which made this aircraft a longstanding choice for aviation schools after being retired from the frontlines.

In this letter Jean Chaput recounts the ferrying of a Caudron G3 that took place on the 16 February from Buc’s aviation school to Vauchelles-lès-Authie, where his escadrille is stationed since early February. In spite of his flying experience, even in bad weather, he takes a wrong direction, crosses the front line and is attacked by enemy AA guns. It is his baptism of fire. However, it can be seen on Jean’s calm reaction a glimpse of the nerves and boldness that contributed to his renown. As he writes to his parents on the 21 February, bad weather still prevents him from flying his first reconnaissance missions for a few days. For Jean Chaput, at the front at last, the war begins.

 
Transcription:
 

[Recto]
French Republic
Republican Armies Postal Service
Military Frank
[Two postmarks, Trésor et Postes / 20-2-15 / *133*]
Mademoiselle J Chaput
1bis boulevard Rougemont
Tonnerre
Yonne
21 avenue D’Eylau
Paris

Sent by aviation soldier Chaput
C 28 squadron
Postal sector [illegible]
[Postmark, Tonnerre / 7* / 23-2-15 / Yonne]
[Postmark, Paris XVI / 7 30 / 24-2-15 / Distribution]
 

[Verso]
19 February 1915
Dear old sister

I ended up leaving Buc;
I left there last Tuesday.
I made a long trip as far as
Amiens, then with only about
twenty Km more to go
I got lost. I crossed the lines
and got well and truly fired at.
Seeing that I headed west then I landed
and I wondered where I was. Ten
minutes later I was [illegible, perhaps home]. I haven’t
flown since as the weather is
dreadful. We are very comfortable
here. A bed and room with the locals.
Equipment and clothes as required. First
class food. I’m thinking
of you particularly at this date and will write to you
at greater length when I find some paper.
Fondest love       Jean

Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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Jean Chaput