12.10.1914: Jean est déçu par le commandement | Jean ärgert sich über seine Führung | Jean is Disappointed by his Air Command

Transcription:
 

[Recto]
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Mademoiselle J. Chaput
Boulevard Rougemont
Tonnerre
Yonne

[Cachet Aéronautique militaire, Centre d’Aviation de Villacoublay]

Félicitations pour la nouvelle
nomination de Papa

[Cachet postal partiellement imprimé Tonnerre/Yonne /13 ? -10-14]

 
[P. 1]

St Cyr le 12 Octobre 1914

Ma chère Jeanne.

Il paraît que tu es à Tonnerre. cela va
te faire du bien pour peu que le temps
admirable dont nous jouissons continue.
j’ai eu beaucoup à faire tous ces temps ci [sic]
Pendant que j’étais à Buc je volais
tous les jours. et naturellement
j’étais toujours après les appareils. avec
de l’huile de ricin jusqu’au bout du nez.

aussi ne m’en veuille [sic] si tu trouves que
je ne t’ai pas beaucoup écrit. Tu
sais que j’ai abimé un peu un appareil
là bas [sic] par suite d’une panne au dessus [sic]
de la campagne. Depuis mon retour
à St Cyr. je me suis occupé d’un appareil
que j’avais trouvé dans un hangar. il
avait l’air épatant. mais il faisait peur
à tout le monde. c’était un avion
blindé très rapide. aussi la première
fois y vais-je avec beaucoup de prudence
et bien m’en a pris car à la première
secousse. la commande du gauchissement

[Morceau de carte postale glissée à l’intérieur de l’enveloppe, recto]

 
[P. 2]
s’est cassée net. ce qui est
très peu intéressant si
cela m’était arrivé en l’air ;
j’étais sûr de mon affaire.
aussi. j’ai redemonté [sic] le
tout et je l’ai remis
où il était. Depuis
qq [abréviation pour « quelques »] jours. je suis doncs [sic]
sans occupation et
j’attends des ordres.
La direction de l’aéronautique
vient d’être changée : cela
ira peut-être un peu
mieux. je n’ose plus
aller à Paris de peur
de me faire écharper
tant les aviateurs sont
peu populaires en ce
moment depuis les

[Morceau de carte postale glissée à l’intérieur de l’enveloppe, verso]

 
[P. 3]
Voyages des Taube.
Nous nous sommes installés
le moins mal possible
en attendant qu’on veuille
bien nous employer.
Reçu une lettre de Pierre
Dagny [?]qui est en carafe
à Montauban Jacques
a eu son cheval tué
mais il va très bien
et s’amuse beaucoup
je t’embrasse
affectueusement

Jean

  La lettre de Jean Chaput adressée à sa sœur date du 12 octobre 1914. Elle porte un cachet « Aéronautique militaire, Centre d’Aviation de Villacoublay » et également le cachet de Tonnerre, chef-lieu de canton de l’Yonne. Dans l’enveloppe, qui sert aussi de support de correspondance, est inséré un morceau de carte postale, qui contient la suite de l’écrit.

Jean y décrit son quotidien, puis donne indirectement des nouvelles de sa famille et, en quelque sorte, de l’arrière, où la vie continue son cours : Jeanne est dans la ville natale de son père, Henri, qui, déjà chirurgien consultant des armées, est récemment promu. Il s’agit probablement de la direction du service des blessés militaires de l’hôpital Lariboisière.

Jean constate le peu de popularité des aviateurs, dû aux attaques des Taube, les avions ennemis ; en effet, le premier bombardement aérien de la capitale se déroule dès le dimanche 30 août 1914. Ce raid, comme les suivants, vise les civils et a pour objectif d’effrayer et de démoraliser l’arrière. Aussi, la crainte de Jean Chaput d’être reconnu comme pilote et assimilé, erronément, aux responsables des destructions, l’oblige à modifier ses « habitudes parisiennes » !

Cependant, malgré l’apparente banalité de cette lettre, le pilote nous informe de quelque chose de fondamental dans le déroulement de la guerre. « La direction de l’aéronautique vient d’être changée » : la nouvelle est toute récente et va avoir un fort impact sur la stratégie de l’aéronautique militaire. En effet, le général Félix Bernard, en poste jusqu’au 10 octobre 1914, vient juste d’être remplacé, le 11, par le général Edouard Hirschauer. Le général Bernard croyait en une guerre courte, comme nombre de responsables militaires ou politiques, et avait adopté, dès les premiers jours du conflit, une série de mesures en ce sens. En outre, il accordait plus de confiance à l’aérostation qu’à l’aviation naissante. Face à de telles méprises, le ministère de la Guerre le remplace par le général Hirschauer, qui s’attache à réparer les erreurs de son prédécesseur, en particulier en ordonnant la réouverture des écoles et en lançant la fabrication d’un grand nombre d’appareils. Hirschauer va diriger les services de l’arrière jusqu’au 13 septembre 1915.

 Der Brief von Jean Chaput ist an seine Schwester adressiert und wurde auf den 12. Oktober 1914 datiert. Er trägt Stempel der „Aéronautique militaire, Centre d’Aviation de Villacoublay“ [Luftstreitkräfte, Flugzentrum Villacoublay] und von Tonnerres, der Hauptstadt des Départements Yonne. Im Briefumschlag, auf dem schon der Brief beginnt, findet sich eine Postkarte. Auf dieser ist der Rest des Briefes zu lesen.

In seinem Brief beschreibt Jean seinen Alltag und gibt indirekt Auskunft über Neuigkeiten seiner Familie und über das Hinterland, wo das Leben seinen Gang nimmt: Jeanne hält sich in der Geburtsstadt ihres Vaters Henri auf, der, bereits ein beratender Chirurg der Streitkräfte, vor kurzem befördert wurde. Er versorgt zu dem Zeitpunkt wahrscheinlich im Krankenhaus Lariboisière in Paris Kriegsverletzte. Jean bemerkt eine schwindende Popularität von Piloten, was er auf die Angriffe der Tauben zurückführt, den deutschen Fliegern. In der Tat fielen die ersten Bomben auf die Hauptstadt am Sonntag, dem 30. August 1914. Dieser Angriff zielte, wie auch die folgenden, auf die Zivilbevölkerung und sollte das Hinterland verschrecken und demoralisieren. Die Furcht von Jean Chaput, irrtümlich als Pilot mit diesen Verantwortlichen der Zerstörung gleichgesetzt zu werden, zwingt ihn seine „Pariser Gewohnheiten“ anzupassen.

Trotz der banalen Erscheinung dieses Briefes erfahren wir in diesem Brief Wesentliches über den Verlauf des Krieges. „Die Führung der aeronautischen Truppen wurde gerade ausgetauscht“: Diese Neuigkeit ist hochaktuell und wird noch einen starken Einfluss auf die Strategie der militärischen Luftfahrt haben. Tatsächlich wurde General Félix Bernard, der bis zum 10. Oktober seinen Posten inne hatte, am 11. Oktober von General Edouard Hirschauer abgelöst. General Bernard glaubte wie viele andere Verantwortliche in Militär und Politik an einen kurzen Krieg und hatte bereits in den ersten Tagen des Konflikts eine Serie von Maßnahmen hierfür ergriffen. Außerdem setzte er mehr Vertrauen in Luftschiffe als in die aufkommenden Flugzeuge. Angesichts solcher Irrtümer entschied sich der Kriegsminister, ihn durch General Hirschauer zu ersetzen. Dieser bemühte sich fortan die Fehler seines Vorgängers zu beheben, insbesondere durch die Wiedereröffnung der Schulen und im Ankurbeln der Industrie zum Fabrizieren von einer großen Anzahl an Flugzeugen. Hirschauer bleibt bis zum 13. September 1915 der Kommandant der Streitkräfte im Hinterland.

 
Transkription:
 

[Vorderseite]
Nachsenden an

Fräulein J. Chaput
Boulevard Rougemont
Tonnerre
Yonne

[Cachet Aéronautique militaire, Centre d’Aviation de Villacoublay]

Herzlichen Glückwunsch zur neuen
Beförderung von Papa

[Poststempel unvollständig Tonnerre/Yonne /13 ? -10-14]

 
[S. 1]

St Cyr am 12 Oktober 1914

Meine liebe Jeanne,
Es scheint, dass Du in Tonnerre bist. Das wird
Dir gut tun, genieße das schöne Wetter, so lange es anhält.
Ich hatte die ganze letzte Zeit hier sehr viel zu tun.
Als ich in Buc war, bin ich jeden Tag fliegen
gewesen. Und natürlich war ich
jeden Tag auf der Jagd nach Maschinen. Mit
Rizinusöl bis tief in der Nase.
Auch sei mir bitte nicht böse, wenn Du meinst,
Dass ich Dir nicht viel geschrieben habe. Du
weißt, dass ich eine Maschine ein wenig beschädigt habe.
Drüben, nachdem ich über der Campagne einen Motorschaden hatte.
Seit meiner Rückkehr nach St Cyr habe ich mich um eine Maschine gekümmert,
die ich in einem Hangar gefunden habe. Sie
sah famos aus. Aber alle hatten Angst vor ihr.
Es war eine sehr schnelle, verschalte Maschine. Beim ersten mal
bin ich noch sehr vorsichtig mit ihr umgegangen.
Und das zu Recht, denn beim ersten Ruck
ist die Querrudersteuerung

[Abgerissener Teil der Postkarte wurde dem Umschlag entnommen, Vorderseite]

 
[S. 2]
komplett durchgebrochen. Was
kaum interessant ist ;
wenn mir das in der Luft passiert wäre;
ich war mir meiner Sache recht sicher.
Außerdem habe ich das ganze Ding abgebaut
und dann dahin zurückmontiert,
wo es gewesen war. Seit einigen Tagen bin ich also
ohne Aufgabe und erwarte neue Befehle.

Die Führung der aeronautischen Truppen wurde gerade ausgetauscht.
Das war wohl auch gut. Vielleicht geht es bald etwas besser.
Ich traue mich kaum noch nach Paris zu fahren,
aus Angst, dass man mich dort in Stücke reißt; so sehr sind
die Flieger unbeliebt, seit die Tauben ihre
[Abgerissener Teil der Postkarte wurde dem Umschlag entnommen, Rückseite]

 
[S. 3]
Reisen machen.
Wir haben uns so gut es geht eingerichtet, in der Erwartung,
dass man uns auch gut einsetzt.
Habe einen Brief von Pierre
Dagny [ ?] erhalten, der in
Montauban liegen geblieben ist. Dem Jacques
wurde sein Pferd getötet
aber es geht ihm sehr gut
und er amüsiert sich prächtig.

Ich umarme Dich
In Liebe

Jean

 Jean Chaput’s letter to his sister is dated 12 October 1914. It bears the “Military aeronautics, Villacoublay Aviation Centre” stamp as well as the postmark for Tonnerre, the administrative seat of a canton in the Yonne département. In the envelope, which is also used as to write on, a piece of postcard has been inserted, containing the rest of the writing.

Here Jean describes his daily life, and then indirectly gives news of his family, and in a way, of the home front, where life carries on: Jeanne is in her father Henri’s home town. Already a consulting surgeon to the French army, he had recently been promoted. This was probably to head the military casualty service at the Lariboisière hospital.

Jean notes the unpopularity of aviators, because of the Taube enemy aircraft attacks; in fact the first air raid on the capital took place as early as Sunday 30 August 1914. This raid, like those that followed, targeted civilians and aimed to frighten and demoralise the home front. Thus, Jean Chaput’s fear of being recognised as a pilot and wrongly associated with those responsible for the destruction, forces him to modify his “Parisian habits”!

However, despite the apparent ordinariness of this letter, the pilot informs us of something fundamental in the unfolding of the war. ”Aviation command has just been changed”: this is very recent news and will have a powerful impact on military aviation strategy. This is because General Félix Bernard, in office until 10 October 1914, has just been replaced, on 11 October, by General Edouard Hirschauer. General Bernard thought it would be a short war, as did a number of military or political leaders, and from the start of the conflict he had adopted a series of measures to this effect. Furthermore, he attached more importance to ballooning than to the emerging field of aviation. Faced with such misconceptions, the War Office replaced him with General Hirschauer, who strove to repair his predecessor’s errors, in particular by ordering schools to re-open and initiating the construction of a number of aircraft. Hirschauer would lead the rear services until 13 September 1915.

 
Transcription:
 

[Recto]
Please forward to
Mademoiselle J. Chaput
Boulevard Rougemont
Tonnerre
Yonne

[Military aeronautics stamp, Villacoublay Aviation Centre]

Congratulations on Papa’s new nomination

[Partial postmark for Tonnerre/Yonne /13 ? -10-14]

 
[P. 1]
St. Cyr, 12 October 1914

My dear Jeanne.

It seems you are in Tonnerre. that’ll do you good as long as
this wonderful weather we’re enjoying continues.
I’ve had a lot to do these days
While I was at Buc I flew every day. and naturally I
always after the aeroplanes, up to my neck
in castor oil. so don’t be too hard on me if you think
I haven’t written to you much. You know
that I damaged an aircraft a little over there after a
failure over the countryside. Since
my return to St Cyr. I’ve taken care of an aircraft
that I found in a hangar. it looked amazing.
but scared everyone. it was a very fast armoured
aeroplane. So the first time I went very
carefully and this was just as well as at the first
jolt. the roll control

[Piece of postcard placed inside the envelope, recto]

 
[P. 2]
snapped. not very appealing if it had
happened to me in the air; I was confident I’d
pull it off. so I retook it
all apart and put it back
where it was. For the past
few days. I am therefore
without occupation and I await orders.
Aviation command has just been changed:
that’ll perhaps be a bit better. I don’t dare
go to Paris anymore for fear of being torn
to pieces, aviators are so unpopular at the
moment since the

[Piece of postcard placed inside the envelope, verso]

 
[P. 3]
Taube raids.
We have settled in as least badly as
possible while waiting to be
Got a letter from Pierre
Dagny [ ?] who is stranded in
Montauban Jacques
had his horse killed
but is fine and is
having a lot of fun
love and kisses

Jean


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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