10.12.1915: Qui va à la chasse perd sa place | Step Out of Line and You’ll Lose Your Plane | Wer ein Jagdflugzeug will, verliert seinen Platz

Transcription:
 

[page 1]
10 Décembre

Mon cher Papa

J’ai fait un bon voyage
avec ce bon Jacques. Je suis
arrivé le lendemain à l’escadrille,
j’ai le jour même fait
ma demande au G.Q.G.
pour avoir un appareil Ponnier.

[page 2]
J’espère qu’elle aboutira. Le
Capitaine a fait une dernière
tentative pour obtenir cet
appareil à l’escadrille, je doute
qu’il réussisse.
J’ai écrit à Chaumat [?] en
lui promettant les rapports
d’ici peu. Je lui ai presque
fait pressentir votre visite.
Je le crois fort influent à

[page 3]
la commission des inventions
et peut-être pourrait-il avoir
besoin de vous.
Si les rapports ont été recopiés,
je vous demanderai de lui
transmettre les suivants :
– L’armement, les mitrailleuses,
et les notes qui s’y rapportent.
– De la nécessité de types d’avions
différents, etc.
– Les divers types d’avions allemands.

[page 4]
– Nécessité d’avions de chasse pour
certaines escadrilles.
– Le fascicule vert du Commandant Dorant [sic ?].
Si vous étiez embarrassé dans les
titres, etc. vous n’auriez qu’à
demander à Jeanne.

– Si vous le jugez utile vous
pouvez lui communiquer aussi
le compte rendu du combat
aérien et le commentaire qui s’y
rapporte ; mais je me demande
si c’est bien la peine.
Je vous embrasse tendrement mon
cher Papa ainsi que Jeanne.
Jean.

Jean poursuit ses démarches pour obtenir un nouvel appareil. Si elles sont aussi lentes, et si Jean sollicite tant de personnes différentes, c’est parce que l’aéronautique militaire française est gérée par une double direction : à l’avant, un directeur du service d’aviation par armée et un directeur de l’aéronautique au GQG ; à l’arrière, la direction de l’aéronautique militaire. Les prises de décisions sont souvent fastidieuses.

C’est dans ce contexte qu’est créé fin 1915 un sous-secrétariat à l’aéronautique. Ce secrétariat qui est dirigé par un député – c’est pourquoi Jean fait jouer son réseau civil – tâche de coordonner l’avant et l’arrière. Jean Chaput est tout indiqué pour participer à cet effort. Lui qui était ingénieur avant la guerre ne cesse de réaliser croquis et rapport qu’il adresse à la commission des inventions pour améliorer les appareils qu’il observe et pilote.
De telles collaborations existaient déjà entre les pilotes et les ingénieurs aéronautiques (cf. article du 15.06.15).

C’est ainsi que Jean voit arriver sur le front des appareils Ponnier, très petits, rapides mais dangereux, testés par d’illustres pilotes comme l’As Nungesser, et qui lui font envie.
Fin décembre, les demandes de Jean prennent un sinistre tour puisque, sur le point d’être affecté à une escadrille de Nieuport, il n’y est finalement pas admis, faute d’appareil à lui attribuer. Or simultanément son avion à l’escadrille C 28 est affecté à un autre pilote. Le 23 décembre, il fait part à sa sœur du grand désarroi que lui inspire de se retrouver en surnuméraire et toujours dans la même escadrille.

Les schémas reproduits ci-contre sont issus d’un carnet de 1916. C’est tout au long de la guerre en effet que Jean a réalisé études et croquis techniques.

 Jean unternimmt weitere Schritte, um ein neues Flugzeug zu bekommen. Die Tatsache, dass er dabei nur schleppend vorankommt, sowie die Anzahl der Personen, die Jean um Hilfe bittet, sind das Ergebnis der Funktionsweise der französischen Militärluftfahrt, deren Führung zweigeteilt war, was sich während des gesamten Krieges als problematisch erwies. An der Front gab es in jeder Armee den Leiter des Flugdienstes und einen Inspekteur der Militärluftfahrt beim französischen Oberkommando, während im Hinterland die Direktion für Militärluftfahrt die Führung innehatte. Entscheidungsfindungen waren somit häufig konfliktträchtig und langwierig.

Vor diesem Hintergrund wurde ein Sekretariat für Militärluftfahrt und innerhalb dieses Sekretariats eine Kommission für Erfindungen eingerichtet, für die Jean tätig war. Dieses Sekretariat wurde von einem Abgeordneten geleitet – deshalb lässt Jean seine zivilen Beziehungen spielen – und versuchte, die Front und das Hinterland zu koordinieren. Jean Chaput war genau der Richtige für diese Aufgabe. Er hatte vor dem Krieg als Ingenieur gearbeitet und fertigte unaufhörlich Skizzen und Berichte an, um die Maschinen, die er beobachtete und flog, zu verbessern.

Eine solche Zusammenarbeit bestand bereits zwischen den Piloten an der Front und den Luftfahrtingenieuren (siehe Eintrag vom 15. Juni 2015). So erlebt Jean das Eintreffen der sehr kleinen und schnellen, aber gefährlichen Ponnier-Maschinen an der Front, die von berühmten Piloten wie dem Fliegerass Nungesser erprobt wurden und ihn begeistern.

Ende Dezember nahmen die Anträge von Jean eine unheilvolle Wendung: Er stand kurz davor, zu einer Nieuport-Staffel versetzt zu werden, was aber letztendlich daran scheiterte, dass man kein Flugzeug für ihn hatte. Gleichzeitig wurde sein Flugzeug bei der C-28-Staffel einem anderen Piloten zugeteilt. Am 23. Dezember teilt er seiner Schwester seine unendliche Verzweiflung darüber mit, nach so vielen Monaten des Kampfes nun ohne Flugzeug dazustehen und dazu noch immer in der gleichen Staffel.

 
Transkription:
 

[Seite 1]

  1. Dezember

Mein lieber Papa,

ich hatte eine angenehme Reise
mit dem guten Jacques. Ich erreichte
die Staffel am folgenden Tag und
habe noch am selben Tag
meinen Antrag auf ein Ponnier-Flugzeug
beim G.Q.G. (Oberkommando) gestellt.

[Seite 2]
Ich hoffe, dass ihm stattgegeben wird. Der
Staffelführer hat einen letzten Versuch
unternommen, um diese Maschine
für die Staffel zu bekommen, aber ich bezweifele,
dass es ihm gelingen wird.
Ich habe Chaumat [?] geschrieben und
ihm die Berichte in Kürze
versprochen. Ich habe ihm Ihren
Besuch fast [unleserlich].
Ich glaube, dass er großen Einfluss in der

[Seite 3]
Kommission für Erfindungen hat,
und er könnte vielleicht
Ihre Hilfe benötigen.
Sobald die Berichte ins Reine geschrieben wurden,
werde ich Sie bitten, ihm
die folgenden zu übermitteln:

  • Bewaffnung, Maschinengewehre

mit den entsprechenden Anmerkungen;

  • Notwendigkeit verschiedener

Flugzeugtypen etc.

  • die verschiedenen deutschen Flugzeugtypen;
  • [Seite 4]

  • Notwendigkeit von Jagdflugzeugen für

bestimmte Staffeln;

  • Mobilmachungsbescheid Major (commandant) Dorant [sic ?].

Wenn Sie Probleme mit den
Titeln haben, fragen Sie
einfach Jeanne.

Wenn Sie es für sinnvoll halten,
können Sie ihm auch den Bericht
des Luftkampfes mit dem
entsprechenden Kommentar
übermitteln, aber ich frage mich,
ob dies wirklich nötig ist.
Ich umarme Sie liebevoll,
mein lieber Papa, und ebenso
Jeanne.

Jean

Jean continues in his efforts to obtain a new aeroplane. It is a slow process and Jean has to contact so many different people because French military aviation was run by dual leadership, at the forefront there was an aviation unit director within each army and an aviation director at General HQ, and at the rear was military aviation management. Decision making was often a source of conflict, and slow.

It is in this context that an aviation sub-secretariat is created in December 1915. This secretariat, led by a deputy—this is why Jean uses his civilian network—tries to coordinate the front and rear. Jean Chaput is ideal for this. As an engineer before the war, he is constantly making sketches and reports to improve the aircraft that he observes and flies.
This type of collaboration already existed between pilots at the front and aviation engineers (see the 15 June 2015 post). It is in this way that Jean sees Ponnier aircraft arrive at the front–very small, fast and dangerous aircraft tested by famous pilots such as the flying ace Nungesser, and they are just what Jean wants.

At the end of December, Jean’s requests take a turn for the worse: on the point of being posted to a Nieuport squadron, he is not admitted in the end, for lack of aircraft. At the same time his aeroplane in C 28 squadron is allocated to another pilot. On 23 December he expresses his dismay to his sister at finding himself surplus to requirements and still in the same squadron.

Jean drew those plans in 1916.

 
Transcription:
 

[page 1]
10 December

Dearest Father,

I had a good trip
with Jacques. I arrived
the next day in my squadron,
and sent my request to the
GQG that same day,
asking for my Ponnier craft.

[page 2]
I hope they will honour my wishes. The
Captain tried one last time
to get this
machine, but I
doubt he will succeed.
I wrote to Chaumat [?],
promising him a report
in the near future. I nearly made him
[illegible] your visit.
I think he can be quite influential

[page 3]
within the invention commission,
and he may need
your help.
If the reports were copied out,
please forward him
the following:
– The armament, machine guns
and corresponding notes.
– The various plane type
requirements, etc.
– The various types of German planes.

[page 4]
– The fighter plane requirements
for certain squadrons.
– Commander Dorant’s [?] green pamphlet.
If you weren’t sure about
the titles, etc., simply
ask Jeanne.

– If you think it is necessary, you
can also forward him the
report from the airborne battle
and the corresponding comments;
but I’m not sure
it’s worth it.
All my love to you,
my dear Father, and to Jeanne.
Jean.


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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