03.03.1916: Le rassemblement des “As” | Flying “Aces” Rally | Das Treffen der “Fliegerasse”

Transcription:
 

Le 3 mars 1916

Mon cher Papa,

J’ai été désolé de quitter Paris ou tout au moins ses environs sans avoir pu vous dire au revoir. Marot a dû vous le dire, j’ai été expédié directement en voiture légère en moins de 2 heures, je suis arrivé sans encombre à B.L.D. [Bar-le-Duc] dans la soirée du 1er. Presque impossible de trouver un logement. J’ai fini par trouver un taudis dans un hôtel [illisible] et j’ai partagé un mauvais lit avec un de mes camarades de voyage. Le lendemain je me suis présenté au …

… centre et j’ai affecté à la N31, Capitaine Augier. (Le fils du général commandant la place de Pau). Il m’a reçu très gentiment et a été fort aimable il m’a promis un appareil d’ici un ou deux jours. Il va faire tout son possible pour que j’aie un monoplace ; mais il craint que ce ne soit difficile.
C’est un honneur pour moi que d’être ici : on y a réuni des pilotes choisis dans toutes les escadrilles à l’occasion des attaques de Verdun. Dans l’escadrille où je suis il y a Pelletier d’Oisy, un tombeur de boches fameux, je suis le seul sous-officier et le seul à ne pas avoir la croix. Navarre est ici aussi mais dans une autre escadrille. Non content de ses deux boches de l’autre jour, il en a encore abattu un hier. …

… C’est un type extraordinaire.
Pour le moment je suis donc très content d’être ici et ce [sic] crois que je serai à même de faire du bon travail si l’on me donne un bébé. Sinon je tâcherai d’avoir un Spad. C’est un appareil biplace bizarre qui va pas mal.
La seule chose un peu ennuyeuse est que nous sommes ici en camp volant et il n’y a absolument rien d’organisé. Chacun est livré à lui-même et se débrouille comme il peut. On couche donc à l’hôtel ou en …

… ville et l’on mange au restaurant. Ce n’est pas désagréable comme vie et B.L.D. est une ville pleine de ressources ; seulement cela revient cher et je crains d’apercevoir bientôt le fond de ma bourse.
Ce qui va me changer de l’escadrille 28 c’est que le matériel paraît ne pas manquer ici. Il y a des mitrailleuses Lewis, et de merveilleux viseurs optiques. Avec un outillage comme cela le travail doit être aisé.
Je vous tiendrai au courant de ce que je deviens, et vous écrirai si j’ai besoin de quelques vêtements que j’aurais laissé [sic] à Paris.

Je vous embrasse tendrement ainsi que Jeanne.

Jean

Chaput est conduit à Bar-le-Duc ( 45 km au sud-ouest de Verdun) en urgence : le 21 février, les Allemands ont lancé le premier assaut de la longue bataille de Verdun et tentent de submerger les défenses françaises grâce à leur supériorité aérienne : regroupés pour la première fois en groupements (K.E.K) de quatre ou cinq Fokker, les appareils détruisent les moyens d’observation français (ballons et avions) et aveuglent ainsi l’artillerie qui ne peut plus effectuer des tirs de contre-batterie et arrêter les offensives de l’infanterie allemande.

Le commandant Charles de Rose, commandant de la seule escadrille de chasse française, également le premier français à avoir obtenu le brevet d’aviateur, est alors chargé par Joffre de rétablir la situation. Dans la précipitation, une aviation de chasse est créée sous la forme de 15 escadrilles où le commandant de Rose a rassemblé les meilleurs pilotes et les meilleurs avions : les Nieuport XI.

Chaput ne cache pas sa joie : à Bar-Le-Duc le front est encore loin, Jean trouvera quelques jours après un logement chez l’habitant, il savoure le prestige de sa sélection, fréquente les meilleurs pilotes, et va enfin pouvoir piloter un avion tel qu’il en rêve depuis des mois : un monoplace, le Nieuport XI, dit « Bébé ».Face aux Fokker, très bien armés mais peu maniables, ce tout nouvel appareil français a l’avantage de sa manœuvrabilité et de sa rapidité.Ilcompensele retard de l’aviation de chasse française: face aux 250 cartouches des mitrailleuses allemandes,  la mitrailleuse Lewis dont le Nieuport XI est équipé dispose d’un chargeur de 47 cartouches soit le double des 24 cartouches permises auparavant par les mitrailleuses Hotchkiss. Le rassemblement voulu par le Commandant de Rose marque la naissance de l’aviation de chasse spécialisée, à l’orée de la première bataille proprement aérienne.

Chaput is driven to Bar-le-Duc (45 km south-west of Verdun) as a matter of urgency: on 21 February the Germans launched the first assault of the long battle of Verdun and try to submerge French defences with their air superiority: grouped together for the first time in patrols of four or five Fokkers, the aircraft destroy French observation (balloons and aeroplanes) and thus effectively blind the artillery who can no longer carry out counter-battery fire and stop German infantry offensives.

Squadron Leader Charles de Rose, head of the sole French fighter squadron and also the first Frenchman to gain his military wings, is thus charged by Joffre with restoring the situation. A fighter plane is created in the rush in the shape of 15 squadrons where Squadron Leader de Rose has gathered the best pilots and the best aeroplanes: the Nieuport XIs.

Chaput cannot disguise his joy: in Bar-le-Duc the front is still far away, in a few days Jean will find lodgings with the locals, he enjoys the prestige of his being selected, rubs shoulders with the best pilots, and will finally be able to pilot the sort of plane he has dreamt of for months: a single-seater, the Nieuport XI, called “Baby”. Compared to the Fokkers, which are well armed but unwieldy, this brand new French aircraft has the advantage of manoeuvrability and speed. It makes up for the backwardness in French aviation: confronted with the German machine gun’s 250 cartridges, the Lewis machine gun in the Nieuport XI has a 47-cartridge magazine, or double the 24 cartridges allowed previously by the Hotchkiss machine guns. Squadron Leader de Rose’s rally marks the birth of specialised fighter aviation, on the brink of the first actual air combat.

 
Transcription:
 

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3rd March 1916

My dear Papa,
I was sorry to leave Paris or at least its surroundings without having said good bye. Marot must have told you, I was sent directly in a light vehicle in less than 2 hours, I arrived without mishap at B.L.D. (Bar-le-Duc) on the evening of the 1st. Almost impossible to find lodgings. I ended up finding a slum in a [illegible]  hotel and I shared a bad bed with one of my travelling comrades. The next day I turned up at the

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centre and I was posted to the N31, Captain Augier. (The son of the general in charge of the Pau region). He welcomed me very kindly and was most friendly he promised me an aircraft in the next day or two. He’ll do his utmost to get me a single-seater; but he fears it will be difficult.
It’s an honour for me to be here: pilots selected from all the squadrons for the Verdun attacks have been gathered here. In the squadron where I am there is a Pelletier d’Oisy, a famous Boche feller, I’m the only NCO and the only one without a cross. Navarre is also here but in another squadron. Not satisfied with his two Boches the other day, he shot down another one yesterday.

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He’s an extraordinary chap.
So for the moment I’m very happy to be here and this [sic] think that I’ll be able to do good work if I’m given a baby. Otherwise I’ll try to have a Spad. It’s a strange twin-seater which doesn’t do badly.
The only thing that’s a bit annoying is that we’re in a transit camp and absolutely nothing at all is organised. Everyone is left to his own devices and does what he can. So we sleep at the hotel or in

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town and we eat in the restaurant. It’s not an unpleasant life and BLD is a town full of resources; it’s just that it’s expensive and I fear that I’ll soon be seeing the bottom of my purse.
What will be a change for me from squadron 28 is that equipment doesn’t seem to be lacking here. There are Lewis machine guns and marvellous optical gun-sights. With tools like that, work should be easy.
I will keep you posted about what becomes of me and I’ll write if I need the few clothes I left in Paris.

Fondest love to you as well as to Jeanne.
Jean

 Chaput wird in aller Eile nach Bar-le-Duc (45 km südwestlich von Verdun) gebracht: Am 21. Februar flogen die Deutschen den ersten Sturmangriff der langen Schlacht von Verdun und versuchten nun, die französischen Verteidigungsstellungen durch ihre Lufthoheit aufzuweichen. Die deutschen Flugzeuge, zu Kampfeinsitzer-Kommandos mit vier oder fünf Fokker-Maschinen (KEK) zusammengefasst, zerstörten die französischen Beobachtungsmittel (Ballons und Flugzeuge) und blendeten so die Artillerie, welche die feindliche Artillerie nicht mehr bekämpfen und die Angriffe der deutschen Infanterie nicht stoppen konnte.

Major (commandant) Charles de Rose, der die einzige französische Jagdstaffel befehligte und auch der erste Franzose mit einer Militärfluglizenz war, erhielt von Joffre den Auftrag, die Lage wieder in den Griff zu bekommen. In aller Eile gründete er die Jagdfliegerei in Form von fünfzehn Staffeln mit den besten Piloten und Jagdflugzeugen, den Nieuport XI.

Chaput verhehlt nicht seine Freude: In Bar-le-Duc ist die Front noch weit entfernt, es gefällt ihm, privat untergebracht zu sein, er genießt das Ansehen aufgrund der Tatsache, ausgewählt worden zu sein, er verkehrt mit den besten Piloten und wird endlich das Flugzeug fliegen können, von dem er seit Monaten träumt: einen Einsitzer, die Nieuport XI, auch „Baby“ genannt. Dieses vollkommen neue französische Flugzeug hat gegenüber den sehr gut bewaffneten, aber schwerfälligen Fokkern den Vorteil, dass es wendig und schnell ist. Es gleicht den Rückstand der französischen Jagdfliegerei aus: Gegenüber den 250 Patronen der deutschen Maschinengewehre, verfügt das Maschinengewehr Lewis, mit dem die Nieuport XI ausgestattet ist, über ein Magazin mit 47 Patronen, also fast doppelt so viel wie zuvor das Hotchkiss-Maschinengewehr mit 24 Patronen.
Das von Staffelführer (commandant) de Rose initiierte Zusammenziehen der Fliegerasse war die Geburtsstunde der Jagdfliegerei zu Beginn der ersten Luftschlacht.

 
Transkription:
 

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  1. März 1916

Schreiben Sie mir an diese Adresse:
Außenstelle der R.G. Aviation
Postsektor 24

Mein lieber Papa,

es tut mir leid, dass ich Paris bzw. dessen Umgebung verlassen musste, ohne mich von Ihnen verabschieden zu können. Marot hat es Ihnen bestimmt gesagt: Ich wurde unverzüglich in weniger als zwei Stunden mit dem Pkw nach B.L.D. [Bar-le-Duc] geschickt, wo ich am Abend des 1. problemlos angekommen bin. Fast unmöglich, eine Unterkunft zu finden. Ich habe schließlich eine miserable Bleibe in einem Hotel [unleserlich] gefunden und mir ein schlechtes Bett mit einem meiner Reisebegleiter geteilt. Am nächsten Tag habe ich mich beim

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Zentrum gemeldet und ich wurde der N31-Staffel von Hauptmann (capitaine) Augier (Sohn des Ortskommandanten von Pau) zugeteilt. Er hat mich sehr nett aufgenommen und war sehr freundlich. Er versprach mir eine Maschine in ein bis zwei Tagen. Er wird sein Möglichstes tun, damit ich einen Einsitzer bekomme, doch er befürchtet, dass dies schwierig sein wird.
Es ist für mich eine Ehre hier zu sein. Aus allen Staffeln wurden Piloten ausgewählt und hier wegen der Angriffe auf Verdun zusammengezogen. Zu meiner Staffel gehört auch der berühmte Pelletier d’Oisy, der viele „Boches“ besiegt hat. Ich bin der einzige Unteroffizier und habe als einziger kein Verdienstkreuz. Navarre ist auch hier, aber in einer anderen Staffel. Die beiden „Boches“, die er neulich abgeschossen hat, haben ihm nicht gereicht und so hat er gestern noch einen abgeschossen.

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Er ist wirklich ein außergewöhnlicher Kerl.
Im Augenblick bin ich also sehr froh, hier zu sein und ich glaube, dass ich in der Lage wäre, meine Arbeit gut zu machen, wenn man mir eine Nieuport 11 geben würde. Andernfalls werde ich versuchen, eine Spad zu bekommen, ein eigenartiger Zweisitzer, der aber nicht schlecht fliegt.
Das einzig etwas Unangenehme hier ist, dass wir uns auf einem provisorischen Stützpunkt befinden und gar nichts organisiert ist. Jeder ist sich selbst überlassen und schlägt sich so gut durch wie er kann. Wir schlafen also im Hotel oder in

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der Stadt und essen im Restaurant. Das ist durchaus angenehm und Bar-le-Duc hat viel zu bieten. Doch das Leben hier ist teuer und ich befürchte, dass mir bald das Geld ausgeht.
Im Gegensatz zur Staffel C 28 scheint es hier an Gerät nicht zu mangeln. Es gibt Lewis-Maschinengewehre und fabelhaftes optisches Zielgerät. Mit einer solchen Ausrüstung muss die Arbeit einfach sein.
Ich halte Sie auf dem Laufenden, was aus mir wird und schreibe Ihnen, wenn ich Kleidung benötige, die ich in Paris gelassen habe.

Ich umarme Sie liebevoll, mein lieber Papa, und ebenso Jeanne.

Jean

Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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